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La France enracinée

Lettre ouverte de Dextra à l’Ambassadeur de Roumanie

Lettre ouverte de Dextra à l’Ambassadeur de Roumanie

Ne nous y trompons pas : l’« émotion » que l’expulsion de quelques Roms a suscitée était le but recherché par les professionnels de la communication qui entourent le président Sarkozy, afin de l’affubler à bon compte d’une réputation de « fermeté » auprès d’un électorat français, légitimement inquiet de l’explosion de l’insécurité, préoccupé de son avenir comme peuple et de son devenir économique. Frappés de plein fouet par les vents ravageurs de la mondialisation, avec son corollaire de migrations et de délocalisations, les Français attendent encore du gouvernement qu’il contribue à résoudre les problèmes graves qu’ils rencontrent dans leur vie quotidienne et qu’il relève les immenses défis quant à leur identité et à leur destinée dans un monde de périls. Les Roms ont donc été choisis pour camoufler l’absence de politique du gouvernement en matière de sécurité et d’immigration. En effet, le gouvernement expulse quelques familles de Roms tandis que des milliers d’immigrés clandestins entrent chaque année en France, ces dernières années plus que jamais, comme le rappelle avec beaucoup d’à propos le journaliste Jean-François KHAN. Déjà les Roms servaient à gonfler les statistiques de ses maigres reconductions à la frontière, puisqu’ils représentent un tiers de ces dernières. Reste que la France n’a pas à supporter la charge des Roms, qui bien que nomades ressortissent des lois et de la solidarité nationale roumaines. Cette affaire aura au moins eu le mérite de montrer l’inanité de toute politique vouée à l’intérêt national dans le cadre de l’Union européenne. Les politiques d’immigration, de régulation des populations nomades, les reconduites à la frontière, les politiques de sécurité sont autant de nécessités. Elles ne sont possibles qu’aux nations souveraines, susceptibles de dans le cadre d’accords bi ou multilatéraux. L’Union européenne, son crédo supranational emprunt de « bons sentiments » est un carcan d’acier enserrant les nations et leurs libertés collectives, qui en cette occasion aura mis en danger notre amitié séculaire avec la Roumanie.

Lettre datant de Septembre 2010

A Son Excellence Teodor Baconschi Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de Roumanie en France et en Principauté de Monaco

Monsieur l’Ambassadeur,

Le gouvernement français s’est mis en tête d’expulser quelques milliers de Roms, ressortissants de votre pays. La Roumanie a fait preuve d’une grande modération dans cette affaire, pourtant, nous, Français, ne pouvons rester sans élever la voix pour en appeler à la préservation de l’antique amitié que nos deux nations, « cousines latines »,entretiennent depuis des siècles. Nos poitrines se sont soulevées d’indignation lorsque sous prétexte de ne pas « stigmatiser » les Roms,ce qu’ils sont, ce qu’ils ne nient pas être, le secrétaire général de l’Elysée les nomme des « Roumains ». Non ! Les Roumains ne sont pas des Roms ! A ne pas vouloir « stigmatiser » on finit par montrer du doigt toute la nation roumaine. Le président Sarkozy et son gouvernement, à l’instar d’une bonne part de notre classe politique, a choisi, il y a longtemps déjà de gouverner le chaos en fondant leurs diverses stratégies sur la peur, en désignant des boucs émissaires chargés de soulager les angoisses du corps social, jouant à la fois le rôle de repoussoir et d’exemple.

Ici réside un double scandale : les Roms sont des cibles commodes des administrations et ils ne représentent pas, comme l’a rappelé votre gouvernement, une priorité quant à la sécurité des Français, bien qu’ils aient très mauvaise réputation et qu’il existe indéniablement une criminalité organisée Rom, comme le laisse entendre d’ailleurs vos dernières discussions avec les autorités françaises. En tout état de cause, la reconduction des Roms à l’intérieur de l’espace Schengen ne pourra résoudre aucun des « maux » qu’ils prétendent purger, bien au contraire cela ne peut que distendre l’amitié séculaire de nos deux nations.C’est afin que vous sachiez que le peuple de France n’est pas en accord avec la politique menée par notre gouvernement, qui foule aux pieds les principes qu’il a lui-même contribué à forger. Un jour, nous l’espérons,la France retrouvera sa souveraineté vis-à-vis de l’Union européenne et nous serons de nouveau libres de notre politique diplomatique et donc responsables vis-à-vis de nos amis, si bien que de telles situations ne pourront plus se présenter. Croyez bien, Excellence, en la pérennité de notre attachement à notre sœur balkanique qu’est la Roumanie, nous ne la laisserons pas diffamer. Sachez aussi que, luttant pour nos libertés, nous luttons aussi pour les vôtres. Nos nations ne pourront prospérer et ne pourront approfondir leur affinités électives que dans l’indépendance, lorsque nous aurons quitté cette Union européenne soviétique comme l’a si justement qualifiée le dissident Vladimir Boukovsky.

Je vous prie, Excellence, d’agréer l’expression de notre très haute considération.

Matthieu CEILLIER pour Dextra.