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La France enracinée

Roland Garros contre le patrimoine parisien

Roland Garros contre le patrimoine parisien

Vous avez peut-être entendu parler récemment du projet d’extension de Roland Garros ? En 2011 le projet de déménager à Versailles, Gonesse ou Marne-la-Vallée le site de Roland Garros, devenu exigu, a finalement été rejeté. Lui a été préféré un projet d’extension et de modernisation. L’idée n’aurait rien de spécialement choquante en elle-même n’était l’endroit sur lequel cette extension est prévue. La Fédération française de tennis, avec le soutien du Premier ministre, a en effet prévu de construire sur les serres d’Auteuil.

Ces serres, d’abord jardin horticole construit par Louis XV en 1761, ont été aménagées entre 1895 et 1898 avec notamment la participation de géants de l’art tel que Rodin, Jules Dalou et Jean Camille Formigé, et sous la coupe du célèbre architecte Gabriel Davioud. Quelques noms qui sont restés dans l’histoire, et qui ont participé activement à un projet qui contient de nombreuses variétés rares de plantes originaires de Nouvelle-Calédonie et de différentes régions du monde. Ainsi ce lieu est un véritable complexe où l’art et la nature s’entremêlent dans un palmarium, un jardin à la française, des serres chaudes, un jardin contemporain et un jardin à la japonaise.

De temps à autres des expositions temporaires ont lieu permettant la continuité du principe de l’art s’accordant à la nature. Mais hélas, c’était trop beau pour être vrai. Car les promoteurs et autres libéraux projettent d’agrandir le célèbre stade de tennis pour le plaisir des aficionados de sport qui échapperaient à l’élan planétaire footballistique. Bref, il ne fallait pas priver certains des joies de la société du spectacle, même au prix du massacre des SDF brésiliens, comme ce fut le cas pour la dernière coupe du monde de football, ou de la destruction d’un site artistique majeur de l’une des plus belles villes du monde. Entre la destruction des serres d’Auteuil et le projet de la tour-pyramide en verre d’Anne Hidalgo, Paris ressemblera bientôt plus à une vieille ville industrielle reconvertie en bureaux et bâtiments pour cadres, aussi insipide que l’architecture bétonnée des années 1970.

Les serres d’Auteuil ont déjà été amputées du tiers de leur surface en 1968, lors de la création du nœud autoroutier d’Auteuil et du boulevard périphérique. Le projet prévoit de préserver la serre Formigé. Mais à force de projets d’urbanisme et de « modernisation » restera-t-il autre chose qu’un souvenir des serres d’Auteuil, l’une des dernières grandes serres du XIXème siècle ? Mais rassurez-vous il n’ya qu’en France qu’un Premier ministre soutient un projet consistant à déplacer un site classé historique par la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) Ile-de-France. On prédisait déjà une bataille entre le ministère de la Culture et Manuel Valls… qui n’eut jamais lieu. C’est uniquement grâce aux lobbys écologistes et de la défense du patrimoine que le ministère de l’Ecologie – avec Ségolène Royal à sa tête connue pour sa « bravitude » – fait pression pour conserver ce petit paradis architectural et naturel. Magnifique preuve de la cohésion du Gouvernement.

800 manifestants ont défilé le 21 mars pour la préservation des serres d’Auteuil, soutenus par une pétition ayant déjà recueillis 63 000 signatures. Les représentants du mouvement contestataire peuvent se targuer du soutien de nombreuses associations telles que Veilles Maisons FrançaisesSociété pour la protection des paysages et de l’esthétique de la France et bien d’autres, ainsi que de quelques élus notamment le conseiller de Paris Yves Contassot (EELV) et le maire adjoint à l’Environnement de Boulogne-Billancourt Bertrand-Pierre Galey (UMP).

Est-ce que les appétits financiers auront encore une fois raison de notre patrimoine qui fait l’identité et la richesse de notre pays ?

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