Pages Navigation Menu

La France enracinée

Fukushima

Fukushima

Quatre ans après le monde se souvient encore du drame de Fukushima : une

nucléaire touchée par un tsunami, entraînant la plus grande catastrophe nucléaire à ce jour et

plus d’un millier de morts. Toutes les grandes puissances avaient réagi et déclaré devoir soit

abandonner soit sécuriser le nucléaire. Ces déclarations avaient suffi à calmer les esprits. Une

fois l’impact émotionnel passé on n’entendit plus parler de Fukushima – même le scandale

des légumes irradiés de Fukushima, autorisés par la Commission européenne, a été étouffé –

jusqu’à aujourd’hui où le Japon réfléchit à relancer quatre réacteurs. Le lancement du réacteur

de la centrale de Sendaï aura finalement lieu mi-août, dans une quasi-indifférence des pays

qui s’attristaient il y a quatre ans de ce drame. Cette nouvelle mérite pourtant qu’on s’y

La population japonaise se montre très hostile à ce projet de redémarrage des

réacteurs. En effet ce sont ces derniers qui subissent encore les conséquences de l’accident à

Fukushima. Le traitement des déchets est encore problématique : ces déchets hautement

radioactifs ne peuvent être traités ou détruits et sont donc simplement stockés. Pour l’instant

le gouvernement a décidé de les déplacer dans les « zones rouges » c’est-à-dire celles

durablement contaminées en attendant de trouver une meilleure solution pour traiter ces

déchets, si tant est qu’il existe une meilleure solution… Et ce problème des déchets ne touche

pas uniquement Fukushima, mais tous les pays exploitant le nucléaire. Il n’existe pour

l’instant aucun moyen d’éliminer les déchets radioactifs. La seule solution consiste à attendre

que ces déchets reviennent à un niveau de radioactivité suffisamment tolérable, c’est-à-dire

300 000 ans ! Ils sont donc stockés le plus souvent dans des souterrains dont la localisation

reste secrète. A défaut de traiter, on dissimule. Ce n’est ni plus ni moins que la politique de

l’autruche.

De plus le gouvernement a pris du retard dans le nettoyage et la décontamination de la

ville de Fukushima. Un sujet également sensible pour les japonais puisque très peu acceptent

de travailler dans ces zones parmi les plus radioactives, ce qui peut se comprendre. Il est

également fort aisé de penser que jamais les gouvernants n’auront quelque forme de courage

que ce soit au point de faire une visite sur place comme ils aiment tant le faire. Au point que

certaines entreprises de nettoyages ont eu la lugubre idée d’engager des clochards, ces

derniers étant les seuls à accepter ce travail et pour un salaire de misère, parfois inférieur au

minimum légal. Il n’est pas besoin de se réclamer du marxisme pour voir l’exploitation de

l’homme par l’homme et d’en déduire que le capitalisme assassine bel et bien les peuples,

mais de façon sournoise.

Autre problème non résolu : les eaux contaminées. A la suite au refroidissement des

réacteurs de très grandes quantités d’eau ont été contaminées. Certains de ces réacteurs

subissent souvent des fuites (il suffit pour cela de se reporter aux nombreux exemples

soviétiques, américains et français pour malheureusement s’en convaincre). Ainsi, plusieurs

tonnes de ces eaux ont déjà été versées dans l’océan. Des eaux peu radioactives selon Tepco –

l’opérateur de la centrale de Fukushima qui se veut rassurant – mais qui se rajoutent à tout ce

qu’a déjà subi l’écosystème japonaise et dont on ignore encore les conséquences à long terme.

Ces conséquences ne se limitent pas au Japon puisqu’une fois dans l’océan ces eaux

contaminées peuvent toucher d’autres pays. Les côtes du Canada ont été touchées par cette

contamination puisque de faibles traces d’eaux contaminées – peu dangereuses selon les

scientifiques – ont été décelées dans les eaux canadiennes. Il est bon de le rappeler : les effets

radioactifs se propagent très rapidement et sur de très grandes distances et ne s’arrêtent pas

aux frontières. Si vous comprenez l’enjeu concernant les eaux contaminées, imaginez ce qu’il

en est concernant le nuage radioactif qui s’est propagé dans tout l’hémisphère nord.

Pour la population japonaise l’épisode Fukushima est donc encore loin d’être terminé.

Les nouvelles normes de sécurité, durcies, ne suffisent pas à rassurer la population. Il y a en

effet de quoi s’inquiéter quand Tepco déverse, par erreur, 200 mètres cube d’eau dans une

zone de la centrale censée rester sèche. Cet exemple prouve encore que malgré des normes

durcies, des erreurs restent possibles, or quand il s’agit de nucléaire chaque erreur peut avoir

des conséquences catastrophiques ; surtout, cet exemple est l’image même du cynisme et de

l’impunité des grandes entreprises et des cartels pouvant agir tout en sachant que

l’intervention politique sera inexistante. Malgré tous les efforts du gouvernement, les japonais

n’ont plus confiance dans le nucléaire et encore moins dans la capacité du gouvernement à le

gérer sans risques. A cette absence de confiance s’ajoute le constat qu’en cas de catastrophe

c’est la population qui en paye directement les conséquences. Cette inquiétude est de plus en

plus partagée par les populations de nombreux pays qui craignent d’être les prochains touchés

par une catastrophe nucléaire ; raison pour laquelle il serait plus que pertinent de suivre

l’exemple allemand en fermant toutes les centrales encore en activité.

L’ère de la confiance absolue dans la technique et dans une énergie illimitée et sans

pollution ni risque est révolue. En effet toutes les mesures de sécurité quant à l’énergie

nucléaire n’empêcheront jamais une erreur humaine. Qui voudrait, en conscience, confier à un

technicien ou un ingénieur, même hautement qualifié, une telle puissance, née de la

manipulation du cœur même de la matière, avec des conséquences funestes difficilement

imaginables ? Fukushima constitue un Nième épisode, signe de cette terrible épée de

Damoclès qui pèse sur l’avenir de l’humanité.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


8 − = six

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>