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La France enracinée

La Zone à Défendre, une utopie ou une nécessité ?

La Zone à Défendre, une utopie ou une nécessité ?

Notre-Dame-des-Landes, Sivens, la ferme des 1000 vaches,… depuis quelques années, ces noms se retrouvent régulièrement au cœur de l’actualité, accolé à l’acronyme ZAD. La ZAD, c’est la Zone A Défendre (détournement de la Zone d’Aménagement Différé, utilisé en droit de l’urbanisme), parfois appelée Zone Autonome Permanente, rassemblant des militants écologistes – souvent liés aux milieux de l’extrême-gauche – les zadistes, aussi surnommés Camille, opposés à un projet d’aménagement. Si les premières ZAD prirent forme durant la fin des années 1970 lors des luttes contre les centrales nucléaires de Plogoff et de Creys-Malville, le principe même de ZAD apparaît sous la plume de l’écrivain politique américain Hakim Bey (de son vrai nom Peter Lamborn Wilson) en 1991, dans l’essai TAZ. The Temporary Autonomous Zone. Ontological Anarchy, Poetic Terrorism. Il définit la TAZ « comme une insurrection sans engagement direct contre l’Etat, une opération de guérilla qui libère une zone (de terrain, de temps, d’imagination) puis se dissout, avant que l’Etat ne l’écrase, pour se reformer ailleurs dans le temps ou l’espace. » (1)

De la théorie à la pratique
La première « opération de guérilla qui libère une zone » d’envergure en France fut l’opposition à l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes au nord de Nantes. Ce projet d’aéroport international, envisagé depuis 1963, rencontre dès 1972 l’opposition d’agriculteurs réunis dans l’ACIPA (Association Citoyenne Intercommunale des populations concernées par le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes). A partir de 2008, des groupes d’opposants commencent à occuper les nombreuses maisons abandonnées situées près du futur terrain de l’aéroport. Le 16 octobre 2012, les zadistes seront évacués par les forces de l’ordre ; à la suite de cette opération, des locaux du Parti Socialiste seront dégradé partout en France (car non, contrairement à une idée reçue ancrée dans certains milieux, l’Etat ne soutient pas les zadistes, tout simplement parce que l’Etat ne peut pas soutenir des gens qui bafouent son autorité et critiquent le système actuel). Durant les trois ans que durèrent l’occupation de la ZAD, diverses initiatives apparurent, « des projets aussi variés que du maraîchage, de l’élevage, une boulangerie, une auberge, ou simplement, l’occupation de la zone : une vingtaine de lieux où les militants adoptent de nouvelles pratiques agricoles et un mode de vie en rupture avec le système actuel. »(2) Car, s’il est évident que les ZAD pullulent de parasites divers, (comme tous les milieux militants, chacun portant en son sein ses propres parasites) du punk présent uniquement pour la marginalité de l’action au hippie incapable de travailler, en passant par le militant d’extrême-gauche qui récupère le combat, limiter les zadistes à ces seuls individus, les considérer comme un bloc de gens identiques est une erreur. Si tout n’est pas bon à prendre dans les ZAD, sa réussite (le projet initial de barrage de Sivens vient d’être définitivement abandonné pour un projet plus petit mais lui aussi contestable) doit nous pousser à nous en inspirer, à trier le bon grain de l’ivraie, afin de mener des combats efficaces. Récemment, dans le XVème arrondissement de Paris, s’est mis en place une ZAD destinée à sauver une petite église du XIXème siècle, l’église Sainte-Rita, rachetée par des promoteurs immobiliers dans le but de la remplacer par des parkings et des logements sociaux… Sauver le patrimoine ou défendre la nature sont une même lutte, sauvegarder ce qui est indispensable à l’Homme au lieu de le laisser engloutir par un système uniquement motivé par l’appât du gain.

La situation écologique catastrophique actuelle est évidente. La nature n’a pas de couleur ou de clivage politiques, car Sivens, Notre-Dame-des-Landes et d’autres zones sont notre combat, celui des hommes libres et enracinés face à la destruction de l’environnement et l’urbanisation galopante. Et avec 800 kilomètres carrés bétonnés chaque année en France, soit l’équivalent d’un département englouti sous le béton tous les six ou sept ans (3), l’urbanisation recouvrira bientôt toutes les campagnes, dans l’unique but de faire du profit… Le combat pour la terre dépasse le simple fait de lutter contre la pollution ou la disparition de forêts et d’espèces protégées : en se méfiant de tout artificialisme, en préférant la nature et ses lois, les paysages naturels plutôt que la modernisation systématique, ces combats sont aussi ceux pour préserver notre histoire et notre patrimoine dans sa diversité, face à l’unification des villes grises et sans identité.
Plus que jamais, le slogan « ZAD partout ! » est une nécessité…

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(1) Hakim BAY, TAZ, Zone Autonome Temporaire : http://www.lyber-eclat.net/lyber/taz.html
(2) http://www.lemonde.fr/planete/article/2015/10/23/a-notre-dame-des-landes-les-zadistes-bien-campes-dans-le-bocage_4795581_3244.html
(3) http://www.alternatives-economiques.fr/l-agriculture-grignotee-par-la-ville_fr_art_1149_59046.html

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