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La France enracinée

Haro sur le pouvoir d’achat, parlons du précariat.

Haro sur le pouvoir d’achat, parlons du précariat.

« Black Friday », « Cyber Monday », Noël, soldes. Outre les anglicismes, tous ces éléments mettent en avant une seule notion qui revient à la bouche de tous les journalistes et hommes politiques, une notion censée avoir une signification magique, le pouvoir d’achat. A partir du moment où le pouvoir d’achat augmente ou se maintient, ce serait donc un signe de la bonne économie nationale. Si elle est certes un signe que l’économie de marché se maintient, elle ne signifie pas pour autant, au contraire, que l’économie nationale se porte bien, d’autant plus quand on se penche sur la situation économique des classes populaires françaises.

A côté d’un système économique qui promeut le pouvoir d’achat, au détriment de l’épargne, car il ne faut plus dépenser, quitte à faire des crédits à la consommation, une partie de plus en plus importante de la population se trouve relayée à la marge, ostracisée et oubliée, les fameux « white trash » ou petits blancs, ces travailleurs pauvres dont Aymeric Patricot a pertinemment parlé dans son ouvrage.

La pertinence des propos d’Aymeric Patricot a été complétée par les travaux approfondis de Christophe Guilluy, qui, dans son dernier ouvrage Le crépuscule de la France d’en haut, montre bien la séparation effective, mais cachée, entre « l’élite » et la bourgeoisie française, bobo et/ou hipster d’avec la France moyenne et populaire, c’est-à-dire ceux qui ne vivent pas mais survivent, avec de graves difficultés financières tout au long de l’année. Plus exactement, cela concerne surtout la France périphérique, celle qui ne fait pas partie des grands métropoles, où des lieux où il y a les lieux d’éducation ainsi que des offres d’emploi plus nombreuses. Ainsi, en 2015, 54% des Français des classes populaires avouaient qu’ils ne pouvaient pas épargner plus de 50 euros par mois, et pour un quart, ce montant n’était pas supérieur à 10 euros par mois.

Quand les classes moyennes ou aisées vont dépenser de fortes sommes dans des vêtements, des gadgets électroniques et autres téléphones dits « intelligents », les classes populaires sont à quelques euros près la fin du mois, si ce n’est se maintenir perpétuellement à découvert.

Quand les fils et filles des classes moyennes et aisées vont avoir des emplois de services dans les métropoles françaises, les classes populaires ne vont plus avoir un métier mais un job, comme l’a bien relevé Jean-Claude Michéa, c’est-à-dire que cette main d’œuvre non qualifiée est sous-payée et facilement interchangeable, quand elle n’est pas remplacée par des ouvriers immigrés encore moins bien rémunérés, pour le plus grand plaisir des cartels libéraux et de la classe politique dominante.

Quand les plus 100 plus riches vont économiser plus d’un million et demi d’euros grâce à la réforme de l’ISF, les APL vont baisser de cinq euros. Si l’on calcule cet équilibre financier, il faudra 300 000 allocataires des APL pour faire économiser les 100 plus riches grâce au cadeau fiscal de l’Etat macroniste ultra-libéral et pourri jusqu’à la moelle.

Pendant que les classes aisées peuvent aller au ski et envisager sereinement l’année 2018, pour le reste des Français, les timbres vont augmenter, les motards parisiens se feront verbaliser en stationnement, le stationnement va lui aussi augmenter, de même que la facture d’électricité et de gaz, mais encore, les autoroutes. En effet, eu égard au prix des péages des autoroutes et, comme l’a noté le Canard enchaîné (22/11/2017), Ségolène Royal a conclu un accord secret avec les concessions d’autoroute, qui leur permet d’éviter de payer la hausse de 300 millions d’euros de redevance domaniale, montant qui sera greffé sur les péages, augmentant de 1, 03 à 2, 04% pour l’année 2018.

Plus encore, depuis 2008, alors que les employés ont vu leur niveau de vie baisser en moyenne de 504 euros et de 471 euros pour les ouvriers, qu’il faut mettre en lien avec la précarisation des classes populaires françaises, le niveau de vie des classes sociales plus aisées (cadres supérieurs et professions libérales), a, depuis 2012, augmenté entre 2 400 et 4 300 euros. Cette augmentation est aussi visible pour les professions intermédiaires, avec une augmentation du niveau de vie d’environ 2 000 euros.

Il n’y a pas besoin d’être grand clerc pour voir que la France va mal, surtout quand 10% de la population est inscrite à Pôle emploi (en mai 2016), soit 6,1 millions de personnes. Il y aurait même 8,5 millions de pauvres, c’est-à-dire les Français qui ont seulement 60% du revenu médian en France, et près de 4 millions de personnes qui ont besoin de l’aide alimentaire, 900 000 personnes privées de logement et 150 000 SDF.

La situation est critique, et, si les journaux n’en parlent pas, mais les journalistes ont besoin de se faire payer par leurs commanditaires, c’est-à-dire faire du copier coller et dire Amen à ce qu’on leur ordonne, tout en s’instaurant comme un tribunal médiatique, l’analyse socio-économique parle d’elle-même. Comme l’a relevé Christophe Guilluy, « s’il y a bien une donnée stable depuis quarante ans, c’est que ce sont d’abord les catégories populaires – ouvriers, employés, paysans – qui subissent le changement de société et la précarisation des existences. Si la mobilité sociale des milieux modestes a toujours été minoritaire, la situation s’est dégradée depuis les années 1980 et les sociologues parlent désormais de ‘descenseur social’ ».

Cette fragilité sociale est donc le signe non plus avant-coureur, mais bien présent, d’une rupture totale avec une partie de la population, celle des classes aisées, qui ne voient pas, ou ne veulent pas voir ces problèmes, tant que ces éléments ne touchent pas à leur patrimoine.

L’un des combats majeurs du monde moderne est la lutte contre cette grande séparation, et le fléau tant vanté par les élites libérales qui font la promotion de la mondialisation, quand on s’aperçoit des ravages mortifères qu’elle peut causer à nos compatriotes.

L’esprit de fraternité et de communauté doit s’imposer face à un tel danger qui ravage la vie quotidienne des Français des classes populaires. C’est bien la résurgence d’une lutte des classes qu’il faut voir aujourd’hui, avec un ennemi, qui n’est pas la Finance, abstraite et non ciblée. Les ennemis sont les promoteurs de ce système : hommes politiques, journalistes, banquiers et autres cadres supérieurs qui feront tout pour conserver leurs acquis, même, et surtout, si cela se fait au détriment des autres.

La solution, qui est de combattre cette pensée mortifère, passe aussi par le fait de ne pas y participer et d’avoir des choix professionnels et privés qui se fassent en accord avec un mode de vie en accord avec la communauté nationale, c’est-à-dire qui ne vise pas à la lutte économique de tous contre tous, au profit de certains bourgeois ventripotents ou de bobos et hipsters idiots, ravis d’une société mondialisée et ouverte, dans la mesure où cette société n’est pas à proximité de leur logement et qu’ils ne la vivent pas au quotidien.

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