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La France enracinée

Pourquoi nous ne croyons pas à l’utilisation d’armes chimiques par l’Etat syrien : la preuve par la mise en scène déjà faite en Syrie depuis 2013

Pourquoi nous ne croyons pas à l’utilisation d’armes chimiques par l’Etat syrien : la preuve par la mise en scène déjà faite en Syrie depuis 2013

Les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la France viennent de frapper la Syrie avec des missiles pour la punir d’avoir utilisé des armes chimiques à l’égard des rebelles. Le camp du Bien affirme avoir les preuves que c’est bien l’Etat syrien qui a utilisé de telles armes, alors que ces mêmes preuves n’ont pas été mises sur la place publique. Plus encore, les inspecteurs devant constater sur place l’utilisation de telles armes viennent d’arriver. Alors comment affirmer dans un style si péremptoire, si l’enquête n’a pas encore débuté. Juge-t-on quelqu’un au pénal avant même le début de l’enquête, sur de simples présomptions ? Cela s’appelle une erreur judiciaire, et la France est d’ailleurs forte en ce domaine.

Loin d’être des partisans d’un camp contre l’autre, les différents exemples (Kosovo, Irak, Libye) montrent bien que des raisons fallacieuses furent utilisées pour pouvoir s’ingérer dans la vie politique d’un autre Etat, sans son accord, sous couvert des droits de l’homme.

Pour preuve, nous pouvons vous montrer que cette tentative fut déjà tentée en 2015, à l’encontre du régime syrien, qui n’a abouti à rien, puisque l’Etat syrien n’était pas fautif.

Les détracteurs parleront de « fake news », mais ici, nous ne traitons pas du présent. Nous montrons seulement, à l’aide du précédent de 2015, que cela fut déjà tenté il y a trois ans, et que la tentative échoua, faute de preuves nécessaires.

En effet, la menace de l’utilisation d’armes chimiques dans le conflit syrien a d’abord été appréhendée avec l’idée que l’auteur, en 2015, était le régime syrien, même si, aujourd’hui, il est reconnu que l’utilisation de telles armes était le fait  du Front al-Nosra et surtout à Daech.

I/ Le débat sur les armes chimiques de l’armée régulière syrienne

            Le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté le 7 août 2015 la résolution 2235[1] demandant au Secrétaire général de l’Organisation des nations unies (ONU) de mettre en place un mécanisme d’enquête conjoint avec l’Organisation internationale contre les armes chimiques (OIAC) concernant les accusations du régime syrien d’utiliser des armes chimiques au combat[2]. Cette volonté d’enquêter sur l’utilisation des armes chimiques a été confirmée lors de nouvelles attaques au chlore en septembre 2015, les soupçons se portant vers l’armée régulière syrienne qui aurait été la seule à disposer d’hélicoptères, origine de l’attaque[3]. Mais il ne faut pas non plus minimiser le potentiel militaire de l’État islamique, qui disposait d’un matériel militaire aérien conséquent composé de blindés, de mortiers et même de missiles Milan français[4]. La livraison d’armes par la France aux rebelles a d’ailleurs été confirmée par le Président de la République française, en août 2014[5].

De plus, la France affirma depuis août 2013 que le régime syrien était bel et bien à l’origine d’attaques chimiques, comme le montre le ministère des Affaires étrangères en publiant un renseignement déclassifié[6]. Cette inquiétude a été dissipée par la vérification des inspecteurs de l’Organisation internationale contre les armes chimiques qui ont affirmé, en janvier 2016, que tous les stocks d’armes chimiques de l’armée syrienne avaient été détruits[7].

En comparaison avec l’Irak, le docteur David Kelly, mondialement reconnu dans le milieu de la prolifération, avait déjà affirmé ne pas avoir trouvé d’armes de destruction massive lors de ses visites en 2003 en Irak, alors même que la Grande-Bretagne l’y avait envoyé pour affirmer leur existence et justifier l’intervention britannique[8]. Celui-ci « se suicida »  d’ailleurs dans des circonstances troubles peu après…

La France a usé du même stratagème pour la Syrie en déclarant que la Syrie détient et use d’armes chimiques dans le cadre de sa guerre civile[9] alors que les inspections prouvèrent le contraire.

Autre élément intéressant, un témoin du Quai d’Orsay a expliqué une autre vérité quant aux armes chimiques de l’armée régulière syrienne : en effet un médecin présent en Syrie aurait donné des échantillons à des journalistes du Monde pour les remettre à l’ambassade française, puis ces journalistes ont été aidés par la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), pour rentrer en France et servir de mule, dans l’idée d’afficher devant les médias français la preuve que le régime de Bachar El-Assad use d’armes chimiques alors qu’il s’agissait « de prélèvements appartenant aux services »[10]. Cette histoire a un précédent avec l’affaire des armes de destruction massive en Irak qui s’est révélée être un mensonge[11] : en effet, Colin Powell, l’ex-secrétaire d’État américain reconnut officiellement que les preuves étaient fausses[12].

Autre élément corroborant l’idée d’une manipulation de la part du pouvoir exécutif français, c’est le fait que le rapport, ou « synthèse DRM-DGSE aurait été « musclée » par Jean-Claude Mallet, le conseiller spécial du ministre de la Défense »[13]. Les services de renseignement concernés avaient en effet laissé des interrogations sur la certitude des auteurs des attaques au sarin, interrogations supprimées par le rapport final de l’Élysée pour laisser place à la certitude que l’auteur était Damas et non Daech : «l’une des hypothèses – celle d’un tir classique de l’armée d’Assad sur un laboratoire clandestin – a purement et simplement été rayée du texte final »[14].

II/ Le constat de l’utilisation d’armes chimiques par Daech

La menace chimique a été avérée dans le cadre du conflit syrien dans la mesure où non seulement Daech était fortement soupçonné d’avoir utilisé des armes chimiques au combat[15], mais ce groupe terroriste aurait été en outre capable d’en fabriquer par ses propres moyens[16]. A plus forte raison, le député turc Eren Erdem[17] a affirmé que la Turquie avait fourni à l’État islamique du gaz sarin[18].  En effet, dès octobre 2013 l’utilisation d’armes chimiques avait déjà été admise par des rebelles de la Ghouta dans leur guerre contre le régime syrien de Bachar Al-Assad[19], et pointée du doigt par un rapport du Massachussetts Institute of Technology (MIT) publié le 14 janvier 2014[20].

Cette position a été confirmée ensuite par la CIA, qui estima que les armes chimiques sont non seulement fabriquées mais aussi utilisées par l’État islamique en Irak et en Syrie[21]. De même, le ministre russe des Affaires étrangères déclara que le terrorisme chimique était devenu une réalité avec l’État islamique[22]. Ce constat fait pour la Syrie l’est aussi pour l’Irak depuis que les milices irakiennes ont découvert un stock d’armes chimiques très toxiques appartenant à Daech et devant servir pour armer des roquettes ou des obus[23].

Un autre exemple réside encore dans l’attaque menée par Daech contre un village irakien près de Bagdad le 8 mars 2016 à l’aide d’armes chimiques qui aurait blessé près de 600 personnes[24]. Les forces spéciales américaines ont d’ailleurs capturé un cadre de Daech[25] qui s’avère être un spécialiste des armes chimiques, ses révélations ayant permis de détruire deux sites d’armes chimiques appartenant à Daech[26] mais aussi de confirmer les propos de l’Organisation internationale contre les armes chimiques, à savoir l’utilisation d’ypérite par Daech en Irak en août 2015[27].

De la sorte, il est prouvé aujourd’hui que ce sont le Front Al-Nosra[28] et l’État islamique qui usent d’armes chimiques dans le cadre des combats[29].

La menace de l’utilisation d’armes chimiques reste prégnante avec l’avertissement du Maroc qui a déjoué un attentat au gaz moutarde fomenté par Daech, en avril 2016, le Maroc ayant averti que ce groupe terroriste envisageait même d’attaquer l’Europe à l’arme chimique[30].

De ce fait, il n’est pas question ici d’avoir une prise de position partisane sur un sujet géopolitique aussi complexe, mais bien de démontrer les « preuves » apportées sont soit faibles, soit inexistantes, mais qu’elles servent à justifier une intervention militaire dans un Etat qui est la proie de tentatives d’actions militaires depuis des années. Pour des raisons énergétiques et/ou de puissance au niveau régional (l’Iran se trouve à la frontière), la diplomatie du camp du Bien, et « l’ingérence humanitaire » si chère à Kouchner entrent en ligne de compte, sans forcément que la véracité des faits soit avérée. En la matière, la géopolitique supplante donc le droit et surtout la souveraineté de chaque Etat.

Le discours va-t’en guerre n’a jamais apporté du bon, et il y a fort à parier que les islamistes présents sur le territoire syrien reviendront en France, en grande partie grâce à des frontières poreuses et une stratégie d’infiltration des migrants, et ce ne sera certainement pas pour nous apporter des fleurs…

[1]S/RES/2235 (2015) du 7 août 2015.

[2]Ibid., §5

[3]http://www.france24.com/fr/20150911-onu-va-enqueter-utilisation-recente-armes-chimiques-syrie, consulté le 6 avril 2016.

[4]Samuel LAURENT, L’État islamique, Seuil, Paris, novembre 2014, p. 51.

[5]http://www.lemonde.fr/politique/article/2014/08/20/la-france-a-bien-livre-des-armes-aux-rebelles-en-syrie_4473715_823448.html, consulté le 6 avril 2016.

[6]http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/dossiers-pays/syrie/la-france-et-la-syrie/actualites-2013/article/renseignement-declassifie-attaque, consulté le 6 avril 2016.

[7]http://www.france24.com/fr/20160105-syrie-armes-chimiques-detruites-oiac-gaz-sarin-moutarde, consulté le 6 avril 2016.

[8]Gordon THOMAS, Mossad : les nouveaux défis, Nouveau Monde éd., 2006.

[9]http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/politique-etrangere-de-la-france/desarmement-et-non-proliferation/evenements-lies-au-desarmement-et-a-la-non-proliferation/evenements-lies-aux-armes-chimiques/article/syrie-declaration-de-laurent-108430, consulté le 9 mai 2016.

[10]Christian CHESNOT et Georges MALBRUNOT, Les chemins de Damas. Le dossier noir de la relation franco-syrienne, Ed. Robert Laffont, Paris, 2014, p. 348-349.

[11]http://tempsreel.nouvelobs.com/l-enquete-de-l-obs/20130308.OBS1260/l-incroyable-histoire-du-mensonge-qui-a-permis-la-guerre-en-irak.html, consulté le 23 mars 2016.

[12]http://tempsreel.nouvelobs.com/debat/20130301.OBS0470/exclusif-colin-powell-comment-la-cia-m-a-trompe.html, consulté le 23 mars 2016.

[13]Christian CHESNOT et Georges MALBRUNOT, op. cit., 2014 , p. 354

[14]Ibid., p. 354.

[15]http://www.france24.com/fr/20150814-etat-islamique-utilisation-armes-chimiques-chlore-gaz-moutarde-kurdes-irak, consulté le 26 août 2016.

[16]http://www.bbc.com/news/world-us-canada-34211838, consulté le 26 août 2016.

[17]http://fr.sputniknews.com/international/20151217/1020354087/turquie-trafic-sarin-accusations-depute-trahison.html, consulté le 18 mars 2016.

[18]https://francais.rt.com/international/12156-exclusif–daech-se-serait, consulté le 26 août 2016.

[19]http://www.almanar.com.lb/french/adetails.php?eid=127928&cid=18&fromval=1, consulté le 22 mars 2016.

[20]http://www.lepoint.fr/monde/attaque-chimique-en-syrie-le-rapport-qui-derange-19-02-2014-1793755_24.php, consulté le 2 mars 2016.

[21]http://www.lesechos.fr/monde/afrique-moyen-orient/021693293587-le-groupe-etat-islamique-a-utilise-des-armes-chimiques-en-irak-et-en-syrie-1199840.php, consulté le 6 avril 2016.

[22]https://francais.rt.com/international/16515-extremistes-possedent-capacites-produire-armes, consulté le 22 mars 2016.

[23]https://francais.rt.com/international/16311-stock-armes-hautement-toxiques-daesh-decouvert, consulté le 22 mars 2016.

[24]https://francais.rt.com/international/17089-bilan-attaque-chimique-daesh, consulté le 16 mars 2016.

[25]http://www.rts.sn/articles-de-presse/international/irak-capture-dun-expert-en-armes-chimiques-du-groupe-etat-islamique.html, consulté le 16 mars 2016.

[26]http://www.ouest-france.fr/monde/syrie/la-coalition-frappe-des-installations-darmes-chimiques-de-daech-4086707, consulté le 16 mars 2016.

[27]http://www.24heures.ch/monde/Les-aveux-de-l-expert-chimique-de-Daech/story/27036693, consulté le 16 mars 2016.

[28]http://www.solidariteetprogres.org/actualites-001/armes-chimiques-syriennes-seymour.html, consulté le 9 mai 2016

[29]http://www.atlantico.fr/decryptage/armes-chimiques-etat-islamique-etats-unis-et-france-sont-en-train-se-rendre-compte-erreur-commise-en-prenant-bachar-el-assad-2330188.html, consulté le 9 mai 2016

[30]http://www.directmatin.fr/france/2016-04-05/attaque-chimique-de-daesh-le-maroc-avertit-leurope-726594, consulté le 26 août 2016.

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