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La France enracinée

Conf 30/11 : Bâtir nos communautés ou se dissoudre

Conf 30/11 : Bâtir nos communautés ou se dissoudre

Chers amis, chers camarades,

Vendredi, nous avons la joie et l’honneur de recevoir Viktor Ober, président d’Académia Christiana sur un sujet hautement important :
« Bâtir nos communautés ou se dissoudre »

Nous vous attendons nombreux et ponctuels pour cette nouvelle conférence.

Vous trouverez une présentation de la conférence ci-dessous.

A vendredi !

9 Commentaires

  1. FACHO HORS DE NOS VIES

  2. Message à ceux qui fréquentent votre petit cercle de crypto-fachos: votre tranquillité est comptée
    Nous vous traquerons et vous trouverons

  3. Un facho, deux fachos, trois fachos… Une bonne brochette de blaireaux

  4. Faudrait peut-être bientôt songer à se dissoudre vu l’état de votre communauté

  5. LE RACISME EST UN POISSON
    NOUS SOMMES L’ANTIDOTE

  6. C’est à la misère qu’il faut s’attaquer, ni aux réfugiés ni aux étrangers

  7. Biographie
    Jeunesse

    Martin Luther King est le fils du pasteur baptiste Martin Luther King Sr. et d’Alberta Williams King, organiste d’église. Il a une sœur aînée, Christine King Farris, et un plus jeune frère, Albert Daniel Williams King. Il naît au 501, Aubrun Avenue à Atlanta, dans une maison qui a été conservée et transformée en musée national, à quelques pas de l’Église baptiste Ebenezer, où prêche son père. Il grandit au sein de l’Amérique ségrégationniste2, dans un milieu privilégié pour l’époque. Sa première expérience de la ségrégation raciale date de ses six ans, quand deux camarades de jeu blancs lui disent qu’ils ne sont plus autorisés à jouer avec lui. Sa mère lui explique que c’est parce qu’ils sont maintenant dans des écoles ségrégationnistes blanches, mais souligne qu’il est aussi bon que n’importe qui3.

    En 1939, il chante avec le chœur de son église à Atlanta pour la première du film Autant en emporte le vent.

    Il entre à l’âge de 15 ans à Morehouse College, une université réservée aux garçons noirs, après avoir sauté deux années de lycée et sans avoir officiellement obtenu son certificat de fin d’études. Il en sort avec le diplôme de Bachelor of Arts en sociologie le 20 juin 1948 et rentre au Crozer Theological Seminary pour un Bachelor of Divinity à Chester (Pennsylvanie) — qui correspond à une licence en théologie — qu’il obtient le 12 mai 1951. Il obtient son doctorat en théologie, à l’université de Boston, le 18 juin 19554.

    Des accusations de plagiat contre sa thèse de doctorat à l’université de Boston aboutissent en 1991 à une enquête officielle des responsables de cette université. Ceux-ci concluent qu’un tiers environ de la thèse est plagié d’un article écrit par un étudiant diplômé antérieurement, mais il est décidé de ne pas retirer son titre à Martin Luther, car la thèse constitue tout de même « une contribution intelligente au savoir »5. On trouve également des emprunts tacites dans certains discours de King, mais Keith Miller soutient6 que dans ce dernier cas, c’est une pratique courante des Afro-Américains et que l’on ne peut considérer cela comme du plagiat. Toutefois, comme Theodore Pappas le note dans son livre sur le sujet7, Martin Luther King avait en fait suivi un cours sur les normes de la production intellectuelle et le plagiat à l’université de Boston.

    Il est dans sa jeunesse notamment influencé par les écrits de Karl Marx, Mohandas Karamchand Gandhi, du pasteur pacifiste et socialiste Norman Thomas et de Reinhold Niebuhr sur le christianisme social. En 1952, dans une lettre à sa future épouse Coretta, il écrit que « Le capitalisme est arrivé au bout de son utilité historique » et se déclare « socialiste »8.

    Il épouse, le 18 juin 1953, Coretta Scott, qui prendra son nom pour devenir Coretta Scott King. Ils ont eu quatre enfants : Yolanda, née en 1955, Martin Luther King III, né en 1957, Dexter Scott, né en 1961, et Bernice, née en 1963.
    Ministère

    De 1954 à 1959, il est pasteur de l’Église baptiste de l’avenue Dexter à Montgomery (Alabama)9. De 1960 à 1968, il est assistant pasteur de l’Église baptiste Ebenezer avec son père 10. En 1961, il quitte la Convention baptiste nationale, USA pour former la Convention baptiste nationale progressiste avec d’autres pasteurs11.
    Montgomery, la lutte pour les droits civiques
    Articles détaillés : Boycott des bus de Montgomery et Rosa Parks.
    Rosa Parks vers 1955 avec Martin Luther King.

    En 1954, lorsqu’il arrive à Montgomery (Alabama). Le Sud des États-Unis est à cette époque marqué par les violences commises contre les Noirs, culminant en 1955 avec le meurtre raciste d’Emmett Till, un adolescent de 14 ans, du pasteur engagé George W. Lee et du militant des droits civiques Lamar Smith.

    Le 1er décembre 1955, lorsque Rosa Parks, une femme noire, est arrêtée pour avoir violé les lois ségrégationnistes de la ville en refusant de céder sa place à un Blanc, il mène le boycott des bus de Montgomery avec l’aide du pasteur Ralph Abernathy et d’Edgar Nixon, directeur local du National Association for the Advancement of Colored People. La population noire soutient le boycott et organise un système de covoiturage. Martin Luther King est arrêté durant cette campagne qui dure 382 jours et devient extrêmement tendue à cause de ségrégationnistes blancs qui ont recours au terrorisme : la maison de Martin Luther King est attaquée à la bombe incendiaire le matin du 30 janvier 1956, ainsi que celle de Ralph Abernathy et quatre églises, et King est victime de violences physiques12. Les boycotters sont souvent attaqués physiquement mais l’ensemble des 40 000 Noirs de la ville continuent de marcher, parfois jusqu’à 30 km, pour rejoindre leur lieu de travail. Le boycott se termine par une décision de la Cour suprême des États-Unis le 21 décembre 1956 déclarant illégale la ségrégation dans les autobus, restaurants, écoles et autres lieux publics12.

    En 1957, il joue un rôle capital dans la fondation de la Southern Christian Leadership Conference (SCLC, « Conférence des dirigeants chrétiens du Sud »), dont il est élu président et le reste jusqu’à sa mort. La SCLC est une organisation pacifique qui participe activement au Mouvement pour les droits civiques en organisant les églises afro-américaines pour conduire des protestations non-violentes13. King adhère à la philosophie de désobéissance civile non-violente comme décrite par Henry David Thoreau14 et utilisée avec succès en Inde par Gandhi15. Conseillé par le militant des droits civiques Bayard Rustin, il décide de l’utiliser lors des manifestations de la SCLC.

    Il expose en 1958 son point de vue sur la ségrégation raciale et la spirale d’inégalité et de haine qu’elle provoque dans le livre Stride toward freedom; the Montgomery story (« la marche vers la liberté ») :

    « Souvent, les hommes se haïssent les uns les autres parce qu’ils ont peur les uns des autres ; ils ont peur parce qu’ils ne se connaissent pas ; ils ne se connaissent pas parce qu’ils ne peuvent pas communiquer ; ils ne peuvent pas communiquer parce qu’ils sont séparés. »

    Alors qu’il signe des exemplaires de son livre dans un magasin à Harlem le 20 septembre, il est poignardé à la poitrine par Izola Curry, une femme noire qui l’accuse d’être un chef communiste et qui sera jugée comme déséquilibrée. Martin Luther King échappe de peu à la mort, la lame du coupe-papier utilisé ayant frôlé l’aorte. Martin Luther pardonne à son agresseur et, dans une déclaration à la presse16, souligne la violence de la société américaine :

    « L’aspect pathétique de cette expérience n’est pas la blessure d’un individu. Il démontre qu’un climat de haine et d’amertume imprègne tellement notre nation que des accès d’extrême violence doivent surgir inévitablement. Aujourd’hui c’est moi. Demain cela pourrait être un autre dirigeant ou n’importe quel homme, femme ou enfant qui sera victime de l’anarchie et de la brutalité. J’espère que cette expérience se révélera socialement constructive en démontrant le besoin urgent de la non-violence pour gouverner les affaires des hommes. »

    Bus historique de Rosa Parks exposé au Henry Ford Museum.

    En 1959, il écrit le livre The Measure of A Man (La Mesure d’un homme), une tentative pour dépeindre une structure optimale de société politique, sociale et économique, duquel la pièce What is Man ? (Qu’est-ce qu’un homme ?) est tirée.

    Le FBI commence à mettre Martin Luther King sur écoute en 1961, craignant que des communistes essayent d’infiltrer le mouvement des droits civiques. Aucune preuve n’étant trouvée, l’agence utilise certains détails enregistrés sur une durée de six ans pour essayer de le faire renvoyer de son rôle de dirigeant de l’organisation.

    Martin Luther King prévoit justement que des protestations organisées et non-violentes contre le système de ségrégation du Sud connu comme les lois Jim Crow amèneront une grande couverture médiatique du conflit pour l’égalité et le droit de vote des personnes de peau noire. Les comptes-rendus des journalistes et les reportages de la télévision montrant les privations et humiliations quotidiennes des Afro-Américains du Sud des États-Unis, ainsi que la violence et le harcèlement déployés par les ségrégationnistes contre les militants des droits civiques, produisent alors une vague de sympathie au sein de l’opinion publique pour le mouvement des droits civiques qui devient le sujet politique le plus important de l’Amérique des années 1960.

    Martin Luther King organise et mène des marches pour le droit de vote des Afro-Américains, la déségrégation, le droit du travail et d’autres droits fondamentaux. La plupart de ces droits ont été votés comme lois avec le Civil Rights Act de 1964 et le Voting Rights Act de 1965. Martin Luther et le SCLC appliquent avec succès les principes de manifestation non-violente en choisissant stratégiquement les lieux et la méthode de protestation qui aboutissent à des confrontations spectaculaires avec les autorités ségrégationnistes.
    Albany
    Martin Luther King à un rassemblement pour la liberté, 1962.

    À Albany (Géorgie) en 1961 et 1962, il rejoint les militants locaux du Student Nonviolent Coordinating Committee (SNCC), et du National Association for the Advancement of Colored People mené par William G. Anderson (en), un médecin noir. Martin Luther King intervient parce que le SNCC ne parvient pas à faire avancer le mouvement malgré des actions non-violentes efficaces (occupation de bibliothèques, stations de bus, restaurants réservés aux Blancs, boycotts et manifestations) à cause de l’habileté du shérif local Pritchett qui procède à des arrestations massives sans violence et une dispersion des prisonniers dans tout le comté. Il intervient également parce que cette organisation l’a critiqué pour avoir mollement soutenu les freedom rides (« bus de la liberté » contre la ségrégation)17.

    Alors qu’il ne compte rester que quelques jours et n’avoir qu’un rôle de conseiller, il est interpellé lors d’une arrestation massive de manifestants pacifiques. Il refuse de payer la caution tant que la ville ne fait pas de concessions. Les accords passés sont « déshonorés et violés par la ville » dès son départ18.

    Il revient en juillet 1962, et est condamné à 45 jours de prison ou 178 $ d’amende. Il choisit la prison mais est discrètement libéré au bout de trois jours par le shérif Pritchett qui s’arrange pour faire payer son amende. King commentera18 :

    « Nous avions été témoins de personnes jetées hors de restaurants… expulsées d’églises… et jetées en prison… Mais pour la première fois, nous étions témoins de quelqu’un jeté à coups de pieds hors de prison. »

    Après presque un an de militantisme sans résultats tangibles, le mouvement commence à faiblir et à se diviser entre radicaux et modérés. Lors d’une manifestation, des jeunes Noirs jettent des pierres sur la police : Martin Luther King demande une suspension de toutes les protestations et un « jour de pénitence » pour promouvoir la non-violence et maintenir le moral. Plus tard, il est à nouveau arrêté et détenu deux semaines.

    Si malgré la mobilisation le mouvement à Albany ne réussit pas à obtenir des résultats immédiats, il sert de leçon stratégique à King et au mouvement des droits civiques qui décident de se concentrer sur des sujets spécifiques afin d’obtenir des victoires symboliques :

    « L’erreur que je fis était de protester contre la ségrégation en général plutôt que contre une seule de ses facettes distinctes. […] Une victoire de ce type aurait été symbolique et aurait galvanisé notre soutien et notre moral… Quand on planifia notre stratégie pour Birmingham des mois après, nous avons passé de nombreuses heures à évaluer Albany et à essayer d’apprendre de nos erreurs. Notre examen ne nous aida pas seulement à rendre nos futures tactiques plus efficaces, mais révéla aussi qu’Albany était loin d’être un échec total. »

    Néanmoins, le militantisme local continue alors que l’attention des médias se tourne vers d’autres sujets. Le printemps suivant, la ville annulera toutes ses lois ségrégationnistes.
    Birmingham
    Article connexe : campagne de Birmingham.
    16th Street Baptist Church à Birmingham quartier général du mouvement des droits civiques lors de la campagne et où eut lieu l’attentat du 15 septembre 1963.

    En 1960, la population de Birmingham est de 350 000 personnes, à 65 % blanches et 35 % noires19. C’est alors une ville qui maintient et assure par la loi locale la plus grande ségrégation raciale des États-Unis dans tous les aspects de la vie, aussi bien dans les établissements publics que privés20. À cette époque, seulement 10 % de la population noire sont inscrits sur les listes électorales21 et le niveau de vie moyen est inférieur de moitié à celui des Blancs, les salaires pour un même poste étant communément très inférieurs22. Birmingham n’a ni agent de police noir, ni pompier, ni vendeur en magasin, ni conducteur ou employé de banque, l’emploi pour la population noire est limité aux seuls travaux manuels aux aciéries. Une secrétaire noire ne peut travailler pour un patron blanc. Le chômage des Noirs est deux fois et demi plus élevé que celui des Blancs23. Cinquante attentats racistes non élucidés entre 1945 et 1962 ont donné à la ville le surnom de « Bombingham »24. Les églises noires où les droits civiques sont discutés sont des cibles privilégiées25 et la ville est particulièrement violente contre les freedom riders.

    Un responsable des droits civiques local, le pasteur Shuttlesworth, essaye bien de lutter en gagnant en justice la déségrégation des parcs de la ville, mais la Ville réagit en les fermant. Le domicile et l’église où le pasteur exerce sont alors la cible de plusieurs attentats à la bombe26. Après l’arrestation de Shuttlesworth en 1962 pour avoir violé les lois ségrégationnistes et après qu’une pétition au maire a été « jetée à la poubelle » selon le maire lui-même27, le pasteur demande l’aide de Martin Luther King et du SCLC, en soulignant le rôle crucial de Birmingham dans la lutte nationale pour l’égalité raciale28.

    Les protestations commencent par un boycott à Pâques 1963, pour inciter les chefs d’entreprise à ouvrir les emplois de vendeurs et d’autres postes aux personnes de toute races, et à arrêter la ségrégation dans les magasins, par exemple sous la forme de caisses réservées aux Blancs. Quand les dirigeants économiques résistent au boycott, King et le SCLC commencent ce qu’ils appellent le projet C, une série de manifestations non-violentes telles que des sit-ins dans les restaurants et bibliothèques, agenouillement de personnes noires dans les églises réservées aux Blancs, marches de protestation pacifiques, le tout réalisé pour provoquer des arrestations. Martin Luther King résume la philosophie de la campagne de Birmingham29 :

    « Le propos de […] l’action directe est de créer une situation qui déclenche un tel nombre de crises qu’elle ouvre inévitablement la porte à des négociations. »

    Le président John Fitzgerald Kennedy s’adresse au peuple américain à propos des droits civiques le 11 juin 1963.

    Il est lui-même arrêté le 13 avril, et c’est là qu’il écrit la célèbre Lettre de la prison de Birmingham (en), un traité définissant sa lutte contre la ségrégation. Il reçoit un soutien direct du président John Fitzgerald Kennedy, sa femme Coretta celui de Jacqueline Kennedy ; il est libéré une semaine plus tard.

    Alors que la campagne n’a plus assez de volontaires, les organisateurs, malgré les hésitations de Martin Luther King30, recrutent des étudiants et des enfants dans ce qui est appelé par les médias « la croisade des enfants ». Le 2 mai, des centaines d’étudiants, lycéens et écoliers sont préparés et entraînés à participer pacifiquement aux manifestations. Ils sont arrêtés de manière violente par la police qui utilise des chiens, mais aussi des jets d’eau à haute pression d’une telle force qu’ils pouvaient déchirer les vêtements ou projeter une jeune femme par-dessus une voiture31. En réaction et malgré les instructions du SCLC, des parents et des passants commencent à jeter des projectiles sur la police mais sont raisonnés par les organisateurs. La décision d’utiliser des enfants même dans une manifestation non-violente est très critiquée, entre autres par le ministre de la Justice Robert Francis Kennedy et le militant Malcolm X qui déclare que « les vrais hommes ne mettent pas leurs enfants dans la ligne de mire »32. Martin Luther King, qui est resté silencieux et en dehors de la ville quand un de ses amis organisait les manifestations des enfants, comprend le succès de l’événement et déclare au culte du soir33 :

    « J’ai été inspiré et touché par ce jour et je n’avais jamais rien vu de la sorte. »

    Les scènes de violences policières largement relayées par les médias causent des réactions internationales et mettent en lumière la ségrégation raciale ayant lieu dans le Sud des États-Unis. Le sénateur de l’Oregon Wayne Morse compare Birmingham à l’apartheid en Afrique du Sud34. Les prisons sont pleines, certains enfants se présentant directement devant elles en chantant pour être arrêtés. La ville est au bord de l’effondrement civil et économique, car aucun commerce du centre-ville ne fonctionne plus.

    Le gouverneur George Wallace envoie la police de l’État pour soutenir Eugene « Bull » Connor, le chef de la police locale.
    Débris du Gaston Motel, où Martin Luther avait séjourné peu auparavant, après l’attentat à la bombe du 11 mai 1963. Une autre bombe endommageait au même moment la maison de son frère, le révérend Alfred Daniel Williams King.

    Robert Francis Kennedy envoie la Garde nationale pour éviter tout débordement le 13 mai, à la suite de deux attentats à la bombe contre un hôtel où avait résidé Martin Luther King et contre la maison du frère de celui-ci, attentats qui avaient dégénéré en manifestations contre les policiers. Le 21 mai le maire démissionne, le chef de la police est renvoyé et en juin toutes les pancartes ségrégationnistes sont enlevées et les lieux publics ouverts aux Noirs35.

    À la fin de la campagne, la réputation de King s’est considérablement renforcée36 et Birmingham est un élément du succès de la marche vers Washington.

    Le dimanche 15 septembre, un attentat à la bombe du Ku Klux Klan contre l’église baptiste de la 16e rue, pendant la prière, provoque la mort de quatre jeunes filles noires et blesse 22 enfants. L’attaque provoque l’indignation nationale et renforce le mouvement des droits civiques.
    Marche sur Washington
    Articles détaillés : Marche sur Washington pour l’emploi et la liberté et I have a dream.
    King parlant à la marche sur Washington à Washington, D.C., le 28 août 1963.

    Représentant le SCLC, Martin Luther King est le dirigeant d’une des six grandes organisations pour les droits civiques qui organisent la marche sur Washington pour l’emploi et la liberté. Il est l’un de ceux qui acceptent le souhait du président John F. Kennedy de changer le message de la marche.

    Le président, qui avait déjà soutenu publiquement Martin Luther King et était déjà intervenu plusieurs fois pour le faire sortir de prison37, s’était initialement opposé au principe de la marche car il craignait un impact négatif sur le vote de la loi sur les droits civiques. Le but initial de la marche était de montrer la situation désespérée des Afro-Américains des États du Sud et l’échec du gouvernement fédéral à assurer leurs droits et leur sécurité. Le groupe des six accepte sous la pression et l’influence présidentielle de passer un message moins radical. Certains militants des droits civiques pensent alors que la marche ne présente plus qu’une vision inexacte et édulcorée de la situation des Noirs ; Malcolm X l’appelle alors « La farce sur Washington », et les membres de l’organisation Nation of Islam qui participent à la marche seront suspendus temporairement38.

    La marche fait cependant des demandes spécifiques :

    la fin de la ségrégation raciale dans les écoles publiques ;
    une législation significative sur les droits civiques (incluant une loi interdisant la discrimination raciale dans le monde du travail) ;
    une protection des militants des droits civiques contre la violence policière ;
    un salaire minimum de 2 $ de l’heure, pour tous les travailleurs sans distinction ;
    un gouvernement indépendant pour Washington, D.C., qui dépend alors d’un comité du congrès.

    En dépit des tensions, la marche est un énorme succès. Plus de 250 000 personnes39 de toutes les ethnies se réunissent le 28 août 1963 face au Lincoln Memorial, dans ce qui est la plus grande manifestation ayant eu lieu jusque-là dans l’histoire de la capitale américaine.

    Le point d’orgue du combat de Martin Luther King est son illustre discours « I have a dream », où il manifeste sa volonté et son espoir de connaître une Amérique fraternelle. Cette déclaration est considérée comme un des meilleurs discours de l’histoire américaine avec le discours de Gettysburg du seizième président des États-Unis Abraham Lincoln.

    Martin Luther King et le mouvement des droits civiques ne sont pourtant pas appréciés de l’opinion publique et la marche est rejetée par les deux tiers des Américains. D’après les sondages effectués par The New York Times en 1964, les New-Yorkais voient en Martin Luther King un « extrémiste » et jugent « excessives » les revendications de droits civiques8.
    St. Augustine, Civil Rights Act et prix Nobel de la paix
    Article détaillé : Civil Rights Act de 1964.
    Le président Lyndon B. Johnson signant le Civil Rights Act devant Martin Luther King le 2 juillet 1964.

    Malgré l’arrêt de 1954 de la Cour suprême Brown v. Board of Education, qui déclare la ségrégation raciale inconstitutionnelle dans les écoles publiques, seuls six enfants noirs sont admis dans les écoles blanches à Saint Augustine en Floride. Les maisons de deux familles de ces enfants sont brûlées par des ségrégationnistes blancs et d’autres familles sont forcées de quitter la région parce que les parents sont renvoyés de leur emploi et n’arrivent plus à en retrouver d’autre localement.

    En mai et juin 1964, une action directe est menée par Martin Luther King et d’autres dirigeants des droits civiques. Une marche de nuit autour de l’ancien marché aux esclaves voit les manifestants attaqués par des ségrégationnistes blancs et entraîne des centaines d’arrestations. Les prisons étant trop petites, les détenus sont parqués en plein soleil les jours suivants. Des manifestants sont jetés à la mer par la police et par les ségrégationnistes et manquent de se noyer lors d’une tentative pour rejoindre les plages Anastasia Island réservées aux Blancs.

    La tension atteint son comble quand un groupe de manifestants noirs et blancs se jettent dans la piscine du motel Monson, interdite aux Noirs. La photographie d’un policier plongeant pour arrêter un manifestant et celle du propriétaire du motel versant de l’acide chlorhydrique dans la piscine pour faire sortir les militants firent le tour du monde et servirent même aux États communistes pour discréditer le discours de liberté des États-Unis. Les manifestants endurent les violences physiques et verbales sans riposter, ce qui entraîne un mouvement de sympathie nationale et aide au vote du Civil Rights Act le 2 juillet 1964.

    Le 14 octobre 1964, Martin Luther King devient le plus jeune lauréat du prix Nobel de la paix pour avoir mené une résistance non-violente dans le but d’éliminer les préjudices raciaux aux États-Unis.
    « Bloody Sunday »
    Article détaillé : Marches de Selma à Montgomery.
    Des policiers de l’Alabama attendent les manifestants au pont Edmund Pettus.

    En décembre 1964, Martin Luther et le SCLC joignent à nouveau leurs forces à celles du Student Nonviolent Coordinating Committee (SNCC) à Selma, Alabama, où le SNCC travaille à l’enregistrement des électeurs sur les listes électorales depuis des mois40. Selma est alors un lieu important pour la défense du droit de vote des Afro-Américains. La moitié des habitants de la ville sont noirs mais seulement 1 % d’entre eux est inscrit sur les listes électorales ; le bureau d’enregistrement, qui n’est accessible que deux jours par mois, ouvre en retard et subit des pauses déjeuner à rallonge41.

    Le dimanche 7 mars 1965, 600 défenseurs des droits civiques quittent Selma pour tenter de rejoindre Montgomery, la capitale de l’État, pour présenter leurs doléances au moyen d’une marche pacifique. Ils sont arrêtés au bout de quelques kilomètres au pont Edmund Pettus par la police et une foule hostile qui les repoussent violemment à coup de matraques et de gaz lacrymogène. Ce jour sera connu sous le nom de Bloody Sunday42 et marqua un tournant dans la lutte pour les droits civiques. Les reportages montrant les violences policières permettent au mouvement de gagner le soutien de l’opinion publique et soulignent le succès de la stratégie non-violente de Martin Luther King, qui n’est pas présent lors de cette première marche, tentant de la retarder après sa rencontre avec le président Lyndon B. Johnson.

    Deux jours après, Martin Luther mène une marche symbolique jusqu’au pont, une action qu’il semblait avoir négociée avec les autorités locales et qui provoqua l’incompréhension des militants de Selma. Le mouvement cherche alors la protection de la justice afin d’accomplir la marche et le juge de la Cour fédérale Frank Minis Johnson, Jr. (en), tranche en faveur des manifestants :

    « La loi est claire sur le fait que le droit de pétitionner ses griefs auprès du gouvernement peut être exercé en groupe de grande amplitude […] et ces droits peuvent être exercés par une marche, même le long d’une route publique. »

    3 200 marcheurs partent finalement de Selma le dimanche 21 mars 1965, parcourant 20 km par jour et dormant dans les champs. C’est pendant ce trajet que Willie Ricks élabora le terme « Black Power ». Au moment où ils atteignent le capitole de Montgomery, le jeudi 25 mars, les marcheurs sont 25 000. Martin Luther King prononce alors le discours « How Long, Not Long » (Combien de Temps, Peu de Temps). Le jour même, la militante blanche des droits civiques Viola Liuzzo est assassinée par le Ku Klux Klan, alors qu’elle ramène des marcheurs dans sa voiture. Martin Luther assiste à ses funérailles et le président Johnson intervient directement à la télévision pour annoncer l’arrestation des coupables.

    Moins de cinq mois plus tard, le président Johnson signe le Voting Rights Act accordant le droit de vote sans restriction.
    Chicago
    Martin Luther et Coretta Scott King, 1964. La vie dans les bidonvilles à Chicago a été très dure pour la famille de King.

    En 1966, après les succès du Sud, Martin Luther King et d’autres organisations de défense des droits civiques essayent d’étendre le mouvement vers le nord, Chicago devenant l’objectif principal. Martin Luther et Ralph Abernathy, tous les deux de classe moyenne, déménagent vers les bidonvilles de Chicago dans le cadre d’une expérience éducative et pour montrer leur soutien et empathie avec les pauvres.

    La SCLC forme une alliance avec la CCCO (Coordinating Council of Community Organizations), une organisation fondée par Albert Raby, Jr., et avec le CFM (Chicago Freedom Movement). Au printemps, des tests sont réalisés par des couples, noirs ou blancs, afin de dévoiler les pratiques discriminatoires des sociétés immobilières. Les tests révèlent que la sélection des couples qui postulent pour un logement n’est aucunement basée sur le revenu, le parcours, le nombre d’enfants ou d’autres caractéristiques socio-économiques (car les couples ont exactement les mêmes), mais bien sur la couleur de peau.

    Plusieurs grandes marches pacifiques sont organisées dans Chicago et, Abernathy l’écrira plus tard, l’accueil qui leur est réservé est pire que dans le Sud. Ils sont reçus par une foule haineuse et des lancers de bouteilles, et Martin Luther et lui commencent à vraiment craindre qu’une émeute se déclenche. Les croyances de Martin Luther King se heurtent à sa responsabilité d’emmener les siens vers un événement violent. Si Martin Luther a la conviction qu’une marche pacifique sera dispersée dans la violence, il préfère l’annuler pour la sécurité de tous, comme ce fut le cas lors du Bloody Sunday. Il conduit néanmoins ces marches malgré des menaces de mort sur sa personne. La violence à Chicago est si intense qu’elle bouleverse les deux amis.

    Un autre problème est la duplicité des dirigeants de la ville quand King est confronté à la machine politique du maire Richard Daley, considéré comme un des derniers « boss » d’une grande ville américaine. À la suite des demandes de King d’intégration raciale de certains quartiers comme Chicago Lawn, Daley organise une « conférence au sommet » et signe un accord avec King et Abernathy pour arrêter la discrimination sur le logement. Mais l’accord qui n’a aucune étendue légale est ensuite largement ignoré par la mairie43. Abernathy ne peut plus supporter les conditions de vie dans les taudis et déménage secrètement après un court moment. Martin Luther King reste et écrit sur l’impact émotionnel que cela représente pour Coretta et ses enfants de vivre dans des conditions aussi dures.

    Quand Martin Luther et ses alliés retournent chez eux, ils laissent Jesse Jackson, un jeune séminariste qui avait déjà participé aux actions dans le Sud, qui organise les premiers boycotts réussis pour le droit à l’accès aux mêmes emplois, ce qui sera un succès tel qu’il débouchera sur le programme d’opportunités égales dans les années 1970.
    Contre la guerre du Viêt Nam et la pauvreté
    Bombardement au napalm au sud de Saïgon, 1965.

    À partir de 1965, Martin Luther King commence à exprimer ses doutes sur le rôle des États-Unis dans la guerre du Viêt Nam. Le 4 avril 1967, un an avant sa mort, il fait à New York le discours « Au-delà du Viêt Nam : le moment de briser le silence ». Il y dénonce l’attitude des États-Unis au Viêt Nam et insiste sur le fait « qu’ils occupent le pays comme une colonie américaine » et appelle le gouvernement américain « le plus grand fournisseur de violence dans le monde aujourd’hui ». Il insiste aussi sur le fait que le pays a besoin d’un plus grand changement moral44 :

    « Une vraie révolution des valeurs regarderait bientôt d’une manière honteuse les contrastes frappants entre la pauvreté et la richesse. Avec une indignation justifiée, elle regarderait au-delà des mers et verrait les capitalistes individualistes de l’Ouest investissant d’énormes sommes d’argent en Asie, en Afrique et en Amérique du Sud, juste pour faire des profits et sans aucune préoccupation pour les améliorations sociales dans ces pays, elle dirait : « Ce n’est pas juste. » »

    Il considère que le Viêt Nam rend difficile d’atteindre les objectifs énoncés par Johnson lors de son discours sur l’état de l’Union de 1964, annonçant une « guerre contre la pauvreté ». Martin Luther King était déjà haï par de nombreux Blancs racistes des États du Sud, mais ce discours retourne de nombreux médias importants contre lui. Time appelle le discours « une calomnie démagogique qui ressemblait à un script de Radio Hanoi », et le The Washington Post déclare que King « a diminué son utilité à sa cause, son pays, son peuple ».

    Martin Luther déclare souvent que le Viêt Nam du Nord « n’avait pas commencé à envoyer un grand nombre de provisions ou d’hommes tant que les forces américaines n’étaient pas arrivées par dizaines de milliers ». Il acclame également la réforme agraire entreprise par le nord45. Il accuse aussi les États-Unis d’avoir tué un million de Vietnamiens, « surtout des enfants »46. Il propose dans une lettre le moine bouddhiste et pacifiste vietnamien Thích Nhất Hạnh, qui lutte pour l’arrêt du conflit, au prix Nobel de la paix de l’année 1967.
    Rencontre de Martin Luther King et Lyndon Johnson à la Maison-Blanche, 1966.

    Martin Luther King dit aussi dans son discours47 que « la vraie compassion, c’est plus que jeter une pièce à un mendiant ; elle permet de voir qu’un édifice qui produit des mendiants a besoin d’une restructuration. […] du Viêt Nam à l’Afrique du Sud en passant par l’Amérique latine, les États-Unis sont du mauvais côté de la révolution mondiale ». Martin Luther questionne « notre alliance avec les propriétaires terriens de l’Amérique latine » et demande pourquoi les États-Unis répriment au lieu de soutenir les révolutions des « peuples pieds-nus et sans chemise » du tiers monde.

    Le discours est un reflet de l’évolution politique de Martin Luther King dans ses dernières années, due en partie à son affiliation avec le Highlander Research and Education Center progressiste. Martin Luther commence à parler d’un besoin de changements fondamentaux dans la vie politique et économique de la nation. Il exprime plus fréquemment son opposition à la guerre et le besoin de redistribuer les ressources pour corriger les injustices raciales et sociales. Bien que ses allocutions publiques soient réservées afin d’éviter d’être étiquetées communistes par ses ennemis politiques, en privé, il déclare souvent soutenir le socialisme démocratique48 :

    « Vous ne pouvez pas parler d’une résolution du problème économique des nègres sans parler de milliards de dollars. Vous ne pouvez pas parler de la fin des bidonvilles sans dire d’abord que les profits ne doivent plus être faits sur les bidonvilles. Vous falsifiez vraiment parce que vous avez affaire à des gens maintenant. Vous avez affaire à des capitaines d’industrie […] Maintenant ça signifie que vous vous déplacez dans une mer agitée, parce que ça signifie qu’il y a quelque chose qui ne va pas avec… Le capitalisme… Il doit y avoir une meilleure distribution des richesses et peut-être que l’Amérique doit se diriger vers un socialisme démocratique. »

    Martin Luther King a lu Marx alors qu’il était à Morehouse, mais tandis qu’il rejette le « capitalisme traditionnel », il rejette également le communisme à cause « de son interprétation matérialiste de l’histoire » qui nie la religion, son « relativisme ethnique » et son « totalitarisme politique »49.
    Campagne des pauvres
    Marche des pauvres à Washington D.C., 1968.

    À partir de novembre 1967, King et l’équipe du Southern Christian Leadership Conference (SCLC) se réunirent pour discuter de la nouvelle législation, des émeutes raciales (hot summers) et de l’apparition du Black Power50. Ils décidèrent alors d’organiser la Poor People’s Campaign (en) (la Campagne des pauvres) afin de lutter pour la justice sociale. Qualifiée par le pasteur de « seconde phase dans le mouvement des droits civiques »50, celle-ci visait à lutter contre la pauvreté, d’où qu’elle vienne, et ne se restreignait donc pas à la défense des Afro-Américains. King affirmait alors : « Ce ne doit pas être seulement les gens noirs, mais tous les pauvres. Nous devons inclure les Amérindiens, les Portoricains, les Mexicains, et même les Blancs pauvres. » 50

    Cependant, la campagne n’est pas soutenue par tous les dirigeants du mouvement des droits civiques, y compris Bayard Rustin. Leur opposition inclut des arguments sur le fait que les buts de la campagne sont trop larges, les demandes irréalisables et que cela accélérera le mouvement de répression contre les pauvres et les Noirs51.

    Martin Luther King traverse le pays de long en large pour rassembler une « armée multiraciale des pauvres » qui marcherait sur Washington et engagerait une désobéissance civile pacifique au capitole, si besoin est jusqu’à ce que le Congrès signe une déclaration des droits de l’homme du pauvre. Le Reader’s Digest parlera d’une « insurrection ».

    Cette « déclaration des pauvres » demande un programme d’emplois gouvernementaux pour reconstruire les villes américaines. Il y est également question de l’adoption d’une charte des droits économiques pour les pauvres, l’inscription dans la loi du salaire minimum, la participation de comités de pauvres au processus législatif, une redistribution des richesses et des constructions de logements sociaux. Après avoir lutté pour les droits civiques des Afros-Américains, Martin Luther King se déclare désormais « engagé dans une forme de lutte des classes »8.

    Martin Luther King voit un besoin urgent de se confronter au congrès qui avait démontré son « hostilité aux pauvres » en « distribuant les fonds militaires avec générosité » mais donnant « des fonds aux pauvres avec avarice ». Sa vision est celle d’un changement qui est plus révolutionnaire qu’une simple réforme : il cite les défauts systématiques du racisme, de la pauvreté, du militarisme et du matérialisme, et que « la reconstruction de la société elle-même était le vrai problème qu’il fallait résoudre »52.

    Mais l’assassinat de Luther King en avril 1968 affecta lourdement la campagne. Celle-ci fut tout de même lancée en mai, culminant avec une marche sur Washington, sans réussir à atteindre ses objectifs50.
    Assassinat
    Article détaillé : Assassinat de Martin Luther King.

    Fin mars 1968, Martin Luther King se déplace à Memphis (Tennessee) pour soutenir les éboueurs noirs locaux qui sont en grève depuis le 12 mars afin d’obtenir un meilleur salaire et un meilleur traitement. Les Afro-Américains étaient payés 1,70 dollar de l’heure et n’étaient pas payés quand ils ne pouvaient pas travailler pour raison climatique, contrairement aux travailleurs blancs53,54. Des violences éclatent autour des marches pacifiques, un jeune Afro-Américain est tué55.
    Le balcon du Lorraine Motel où a été assassiné Martin Luther King. Le bâtiment abrite désormais le musée national des droits civiques.

    Le 3 avril, au Mason Temple (Church of God in Christ, Inc. – siège mondial), Martin Luther fait le discours prophétique « I’ve Been to the Mountaintop » (« J’ai été au sommet de la montagne ») devant une foule euphorique :

    « Ce n’est pas vraiment important ce qui arrive maintenant… Certains ont commencé à […] parler des menaces qui se profilaient. Qu’est-ce qui pourrait m’arriver de la part d’un de nos frères blancs malades… Comme tout le monde, j’aimerais vivre une longue vie. La longévité est importante mais je ne suis pas concerné par ça maintenant. Je veux juste accomplir la volonté de Dieu. Et il m’a autorisé à grimper sur la montagne ! Et j’ai regardé autour de moi, et j’ai vu la terre promise. Je n’irai peut-être pas là-bas avec vous. Mais je veux que vous sachiez ce soir, que nous, comme peuple, atteindrons la terre promise. Et je suis si heureux ce soir. Je n’ai aucune crainte. Je n’ai peur d’aucun homme. Mes yeux ont vu la gloire de la venue du Seigneur ! »

    Le 4 avril 1968 à 18 h 01, Martin Luther King est assassiné alors qu’il se trouve sur le balcon du Lorraine Motel à Memphis dans le Tennessee. Ses dernières paroles sont dites au musicien Ben Branch qui devait se produire ce soir-là lors d’une réunion publique à laquelle assistait Martin Luther56 :

    « Ben, prévois de jouer Precious Lord, Take My Hand [Seigneur, prends ma main] à la réunion de ce soir. Joue-le de la plus belle manière. »

    Ses amis à l’intérieur de la chambre du motel entendent des coups de feu et courent sur le balcon pour trouver Martin Luther King abattu d’une balle dans la gorge. Il est déclaré mort au St. Joseph’s Hospital à 19 h 05.
    Soldat montant la garde après des émeutes raciales à la suite de la mort de MLK à Washington, D.C.

    L’assassinat provoque une vague d’émeutes raciales dans 60 villes des États-Unis (125 au total57) qui fait de nombreux morts et nécessite l’intervention de la Garde nationale58.

    Cinq jours plus tard, le président Johnson déclare un jour de deuil national, le premier pour un Afro-Américain, en l’honneur de Martin Luther King. 300 000 personnes assistent à ses funérailles59 le même jour, ainsi que le vice-président Hubert Humphrey. Johnson était à une réunion sur le Viêt Nam à Camp David et il y avait des craintes que la présence du président provoque des manifestations des pacifistes. Des émeutes de colère éclatent dans plus de 100 villes faisant 46 victimes2.

    À la demande de sa veuve, Martin Luther fit sa propre oraison funèbre avec son dernier sermon « Drum Major » enregistré à l’Ebenezer Baptist Church. Dans ce sermon, il demande qu’à ses funérailles aucune mention de ses honneurs ne soit faite, mais qu’il soit dit qu’il avait essayé de « nourrir les affamés », « habiller les nus », « être droit sur la question du Viêt Nam » et « aimer et servir l’humanité ». À sa demande, son amie Mahalia Jackson chante son hymne favori, Take My Hand, Precious Lord.

    La ville de Memphis négocie la fin de la grève d’une manière favorable aux éboueurs après l’assassinat60,61.

    D’après le biographe Taylor Branch, l’autopsie de King révéla que bien qu’il ait seulement 39 ans, son cœur paraissait celui d’un homme âgé de 60 ans, montrant physiquement l’effet du stress de 13 ans dans le mouvement des droits civiques62. Entre 1957 et 1968, King avait voyagé sur plus de 9,6 millions de kilomètres (en octobre 1965 puis en mars 1966, il est notamment venu en France à l’invitation du comité de soutien franco-américain pour l’intégration raciale63), parlé en public plus de 2 500 fois, été arrêté par la police plus de vingt fois et agressé physiquement au moins quatre fois64.

  8. Rosa Louise McCauley Parks, dite Rosa Parks (née le 4 février 1913 à Tuskegee, en Alabama et morte le 24 octobre 2005 à Détroit, dans le Michigan), est une femme afro-américaine qui devint une figure emblématique de la lutte contre la ségrégation raciale aux États-Unis, ce qui lui valut le surnom de « mère du mouvement des droits civiques » de la part du Congrès américain. Rosa Parks a lutté par la suite contre la ségrégation raciale avec Martin Luther King Jr..

    Elle est devenue célèbre le 1er décembre 1955, à Montgomery (Alabama) en refusant de céder sa place à un passager blanc dans l’autobus conduit par James F. Blake. Arrêtée par la police, elle se voit infliger une amende de 15 dollars. Le 5 décembre 1955, elle fait appel de ce jugement.

    Un jeune pasteur noir de 26 ans, Martin Luther King, avec le concours de Ralph Abernathy, lance alors une campagne de protestation et de boycott contre la compagnie de bus qui durera 380 jours. Le 13 novembre 1956, la Cour suprême des États-Unis casse les lois ségrégationnistes dans les bus, les déclarant anticonstitutionnelles.
    Sommaire

    1 Biographie
    1.1 Enfance
    1.2 Début militant
    1.3 Boycott des bus de Montgomery
    1.4 Travail pour les droits civiques
    1.5 Décès et funérailles
    2 Notes et références
    3 Voir aussi
    3.1 Bibliographie
    3.2 Articles connexes
    3.3 Liens externes

    Biographie
    Enfance

    Rosa Parks naît à Tuskegee, en Alabama1 et est la fille aînée d’une famille de deux enfants avec pour parents James et Leona McCauley2, respectivement charpentier et institutrice. Dans son enfance, elle a des problèmes de santé, dont une angine chronique.

    Après le divorce de ses parents, elle grandit dans la ferme de ses grands-parents maternels méthodistes (elle porte d’ailleurs le prénom Rosa en référence à sa grand-mère Rose qui était la fille de James Percival, un irlandais et de Mary Jane Nobles, une esclave noire3) à Pine Level près de Montgomery, avec sa mère et son frère Sylvester (né en août 1915). Très attachée à ce que sa fille reçoive une bonne éducation malgré les entraves à la scolarité des Noirs, sa mère Leona éduque Rosa à la maison jusqu’à ses onze ans, puis elle est envoyée à l’Industrial School for Girls, fondée par des familles blanches du Nord pour les enfants noirs, à Montgomery, où habite sa tante4.

    Elle commence ensuite ses études secondaires à l’Alabama State Teachers College for Negroes, mais ne peut les suivre jusqu’à leur terme, car elle doit s’occuper de sa grand-mère puis de sa mère, qui tombent malades5.
    Le Ku Klux Klan défilant sur Pennsylvania Avenue à Washington en 1928.

    Elle se souvient que son grand-père montait la garde la nuit devant la ferme contre les actions du Ku Klux Klan (KKK). Sa jeunesse lui fait vite subir les affronts du racisme. Le KKK a d’ailleurs brûlé à deux reprises l’école qu’elle fréquente, la Montgomery Industrial School for Girls6. Bien que Rosa Parks ait raconté dans son autobiographie n’avoir pas eu une mauvaise impression des Blancs, elle narre des détails du racisme au quotidien (si vif dans le Sud des États-Unis) qui l’ont marquée, telles ces fontaines publiques réservées aux Blancs ou aux Noirs (« Enfant, je pensais que l’eau des fontaines pour les Blancs avait meilleur goût que celle des Noirs ») ou les lois Jim Crow7.

    Les autobus sont un bon exemple de cette ségrégation au quotidien. Il n’y avait certes pas de bus ou de trains différents, mais des sections réservées aux Blancs et d’autres aux Noirs. Rosa Parks se souvient cependant que les transports scolaires étaient interdits aux enfants de couleur. Pour aller à l’école de Pine Level, les enfants blancs prennent le bus alors que les autres y vont à pied : « Je voyais passer le bus chaque jour. Mais pour moi, c’était comme ça. Nous n’avions d’autre choix que d’accepter ce qui était notre quotidien, un très cruel quotidien. Le bus fut un des premiers éléments par lesquels je réalisais qu’il y avait un monde pour les Noirs et un monde pour les Blancs. »
    Début militant

    En décembre 1932, elle épouse Raymond Parks, un barbier militant de la cause des droits civiques, membre de l’Association de l’Alabama pour la promotion des gens de couleur (National Association for the Advancement of Colored People, NAACP). Il collecte aussi de l’argent pour soutenir un groupe de jeunes Noirs, les « Scottsboro Boys », qui sont accusés de viols sur deux femmes blanches. Après avoir déménagé dans le quartier Est de Montgomery, il l’encourage à finir ses études secondaires, qu’elle achève malgré les charges familiales en 1934, à une époque où seulement sept pour cent des Noirs obtiennent ce niveau d’étude. En 1940, les époux Parks deviennent membres de la ligue des électeurs (Voters’ League)8.

    Dans les années 1930, elle assiste à des réunions du Parti communiste des États-Unis d’Amérique, qui était alors le seul parti politique dans l’Alabama à s’opposer ouvertement à la ségrégation9.

    Rosa Parks travaille en tant que couturière de 1930 à 1955, mais elle a aussi divers autres métiers tels qu’aide-soignante10. En décembre 1943, elle devient membre du mouvement pour les droits civiques (American Civil Rights Movement) et travaille en tant que secrétaire à Montgomery pour la section du National Association for the Advancement of Colored People (NAACP), présidé par Edgar Nixon. Sur son rôle dans l’association, elle déclare : « J’étais la seule femme là-bas, et ils avaient besoin d’une secrétaire, et j’étais trop timide pour dire non ». Elle tient cette fonction jusqu’en 1957 lorsqu’elle quitte la ville de Montgomery.

    En septembre 1944, Rosa Parks est envoyée par le NAACP à Abbeville en Alabama enquêter sur le viol par sept hommes blancs de Recy Taylor, une jeune afro-américaine11. En octobre, l’affaire fait les titres de la presse dans tous les États-Unis. Les coupables sont identifiés, mais aucun d’eux n’est arrêté et leur avocat propose une indemnisation de 600 dollars qui est refusée. Par deux fois, un grand jury est réuni pour se prononcer sur l’inculpation des suspects, mais les deux fois, l’inculpation est rejetée. Aucune poursuite n’est engagée. Ce n’est qu’en 2011 que le parlement d’Alabama présentera ses excuses à Recy Taylor pour les manquements de ses obligations à poursuivre les crimes commis à son égard.

    Début 1945, elle occupe brièvement un emploi à la base aérienne de Maxwell (en), une zone fédérale, où la ségrégation n’était pas en vigueur : « On peut dire que [la situation] à Maxwell m’a ouvert les yeux ». Elle est aussi femme de ménage pour un couple libéral, Clifford et Virginia Durr, qui sympathisent avec elle et l’encouragent à suivre une formation sur les droits des travailleurs et l’égalité raciale à la Highlander Folk School, à Monteagle, Tennessee (en) (Tennessee), six mois avant son arrestation.

    Comme beaucoup d’autres Afro-Américains, elle est choquée par le meurtre sauvage de Emmett Till en août 195512. Le 27 novembre 1955 (soit quatre jours avant qu’elle ne refuse de céder son siège), elle assiste à un grand meeting sur son cas à Montgomery, dont le principal orateur est T. R. M. Howard, un militant des droits civiques du Mississippi, à la tête du Regional Council of Negro Leadership.
    Boycott des bus de Montgomery
    Événements précurseurs
    Article détaillé : Plessy v. Ferguson.

    En 1944, le joueur de baseball Jackie Robinson doit affronter un cas semblable, lorsque, confronté à un officier de l’Armée à Fort Hood, au Texas, il refuse de se diriger vers l’arrière du bus. Robinson est traduit devant une cour martiale, qui l’acquitte13. Le NAACP prend en charge d’autres cas, comme celui d’Irene Morgan dix ans plus tôt, qui est victorieux devant la Cour suprême sur des aspects commerciaux. Toutefois, cette victoire ne rend caduques les lois ségrégatives que dans la mesure où elles s’appliquaient au commerce inter-étatique, comme les lignes de bus entre différents États14. Des militants noirs ont commencé à préparer la défense d’une fille de 15 ans arrêtée, Claudette Colvin, alors qu’elle était lycéenne au Booker T. Washington High School de Montgomery. Le 2 mars 1955, Colvin fut menottée, arrêtée et expulsée manu militari d’un bus public après qu’elle eut refusé de céder son siège à un homme blanc. Elle clame que ses droits constitutionnels ont été violés. Colvin est alors membre active du groupe de jeunes du NAACP, dont Rosa Parks était conseillère.
    Schéma du bus dans lequel s’est assise Rosa Parks.

    Colvin se souvient : « Mme Parks disait, “Faites ce qui est juste.” » Rosa Parks lève des fonds pour la défense de Colvin, mais quand E.D. Nixon apprend qu’elle est enceinte, il estime qu’elle n’est pas un symbole convenable pour leur cause. En effet, peu après son arrestation, elle tombe enceinte d’un homme marié plus âgé ; cette transgression morale scandalise profondément la pieuse communauté noire. Ses stratèges pensent que la presse ségrégationniste blanche ferait valoir la grossesse de Colvin pour discréditer tout boycott. Le NAACP a également étudié mais rejeté d’autres cas antérieurs à celui de Rosa Parks, jugés insuffisants pour faire face aux pressions des opposants dans un affrontement légal avec les lois ségrégationnistes. Colvin fut aussi connue pour ses dérapages verbaux. La plupart des charges contre elle sont abandonnées. Les stratèges du NAACP continuent à rechercher un plaignant au-delà de tout reproche15.

    De même, une autre femme, Mary Louise Smith, n’a pas été défendue, la rumeur voulant que son père ait été alcoolique. Au contraire, Rosa Parks est une des femmes les plus distinguées de la ville, dont l’éducation ne souffre d’aucune remarque, et donc un meilleur étendard pour la cause noire.
    Boycott à Montgomery
    Article détaillé : Boycott des bus de Montgomery.

    Rosa Parks devient célèbre lorsque, le 1er décembre 1955, dans la ville de Montgomery, elle refuse d’obéir au conducteur de bus James Blake, qui lui demande de laisser sa place à un Blanc et d’aller s’asseoir au fond du bus.

    Dans les bus de Montgomery, les quatre premiers rangs sont réservés aux Blancs. Les Noirs, qui représentent trois quarts des utilisateurs, doivent s’asseoir à l’arrière. Ils peuvent néanmoins utiliser la zone centrale, jusqu’à ce que des Blancs en aient besoin ; ils doivent alors, soit céder leur place et aller vers le fond, soit quitter le bus. Comble de l’humiliation : si ces places sont occupées, les Noirs doivent bien acheter leur billet à l’avant, mais sont tenus de sortir avant de rentrer de nouveau par la porte arrière du bus pour accéder aux emplacements qui leur sont attribués. Mme Parks n’était pas la première personne à violer ce règlement, d’autres l’avaient payé durement, parfois de leur vie[réf. nécessaire].
    Rapport de police sur Rosa Parks du 1er décembre 1955, page 2.

    Pendant des années, la communauté noire se plaint de la situation et Mme Parks ne fait pas exception : « Ma résistance à ces mauvais traitements dans le bus n’a pas commencé avec cette arrestation. J’ai fait beaucoup de marche à pied à Montgomery. » Parks en fait une expérience publique un jour pluvieux de novembre 1943, quand le chauffeur de bus James Blake, comme à son habitude, lui demande de payer sa course à l’avant, redescendre et de remonter par la porte arrière. Voyant que du monde gêne l’accès par l’arrière, elle décide d’aller directement vers le fond. Blake, furieux, la main sur son revolver, l’empoigne pour la ramener vers l’avant. Elle laisse alors tomber intentionnellement son sac à main et s’assied un instant sur un siège réservé aux passagers blancs pour le récupérer. Blake lui laisse à peine le temps de descendre du bus, qu’il redémarre. Rosa Parks marche plus de huit kilomètres sous la pluie. Ironie du sort, ce sera le même chauffeur le 1er décembre 1955 alors qu’elle cherchait à l’éviter depuis cet événement16. Ce jour de 1955, elle n’avait semble-t-il pas prémédité son geste, mais une fois décidée, elle l’assume totalement. Elle déclare d’ailleurs dans son autobiographie (qu’elle a publiée avec James Haskins en 1992) :

    « Les gens racontent que j’ai refusé de céder mon siège parce que j’étais fatiguée, mais ce n’est pas vrai. Je n’étais pas fatiguée physiquement, ou pas plus que d’habitude à la fin d’une journée de travail. Je n’étais pas vieille, alors que certains donnent de moi l’image d’une vieille. J’avais 42 ans. Non, la seule fatigue que j’avais était celle de céder. »

    Elle est arrêtée, jugée et inculpée de désordre public ainsi que de violation des lois locales. Elle joint l’avocat Edgar Nixon, membre du chapitre de Montgomery du NAACP. Bien que furieux du traitement réservé à Madame Parks, il voit aussitôt l’intérêt symbolique du combat à mener. Il appelle un avocat blanc, Clifford Durr, qui accepte de contester la loi sur la ségrégation dont Rosa Parks est la victime.

    La nuit suivante, cinquante dirigeants de la communauté afro-américaine, emmenés par un jeune pasteur peu connu à l’époque, Martin Luther King Jr., se réunissent à l’église baptiste de la Dexter Avenue pour discuter des actions à mener à la suite de l’arrestation de Rosa Parks. Ils y fondent le Montgomery Improvement Association, dont ils élisent King comme président. Il y popularise les théories de la non-violence et de la désobéissance civile. Le mouvement a trois revendications immédiates :

    que les Blancs et les Noirs puissent s’asseoir où ils veulent dans l’autobus ;
    que les chauffeurs soient plus courtois à l’égard de toutes les personnes ;
    que des chauffeurs noirs soient engagés.

    Le bus dans lequel Rosa Parks est montée le 1er décembre 1955 est maintenant exposé au musée Henry Ford (Dearborn, Michigan).

    La veille du procès, 35 000 tracts sont distribués pour inviter les Noirs à ne plus emprunter les bus le lundi 5 décembre. Le mot d’ordre est repris le lundi par The Montgomery Advertiser, le journal noir local. Le mot d’ordre est reconduit après une réunion à l’église. C’est le début du boycott des bus de Montgomery ; il se prolonge 381 jours. Des dizaines de bus publics sont restés au dépôt pendant des mois jusqu’à ce que la loi sur la ségrégation dans les bus publics fût levée. La plupart marchèrent à pied ; des taxis conduits par des Noirs font des trajets au tarif du bus (10 cents). Quelques Blancs les rejoignent, parfois par idéologie, parfois simplement parce qu’ils ont besoin que leurs employés noirs viennent travailler. Peu à peu, grâce en partie à l’écho international du mouvement, les fonds commencent à arriver, permettant de mettre en place un service d’autobus parallèle, ou plus modestement l’achat de paires de chaussures. Des actes violents sont perpétrés, y compris le dynamitage des domiciles de Martin Luther King et de l’avocat Edgar Nixon. De nombreuses vexations sont recensées contre les Noirs. Fidèle à sa stratégie, King demande de ne pas répondre à ces actes. Ce mouvement provoque beaucoup d’autres protestations contre la ségrégation menée aux États-Unis.

    Par son rôle initiateur du boycott, Rosa Parks contribua à la prise de conscience des Américains dans la lutte pour les droits civiques. King écrit dans son livre paru en 1958, Stride Toward Freedom (en) : « L’arrestation de Mme Parks fut l’élément déclencheur plutôt que la cause des protestations… »

    Finalement, le 13 novembre 1956, la Cour suprême des États-Unis statue par l’arrêt Browder v. Gayle que la ségrégation dans les bus est anticonstitutionnelle. La nouvelle ne parvient à Montgomery que le 20 décembre. Le boycott cesse dès le lendemain.

    Toutefois, la violence continue avec des tirs contre les bus et le domicile de Luther King, et des explosions visant les églises fréquentées par les Noirs. Si la ségrégation a été abolie dans les bus de l’État, ce n’est pas encore le cas pour les liaisons inter-étatiques. Un groupe de jeunes fonde le Freedom Ride, mais après quelques jours, un de ces bus est stoppé par le KKK ; ses occupants sont battus et le véhicule incendié. Ce n’est qu’en 1964 que les lois ségrégationnistes Jim Crow sont abrogées par le Civil Rights Act qui interdit toute forme de ségrégation dans les lieux publics, puis en 1965 par le Voting Rights Act, qui supprime les tests et les taxes pour devenir électeur.
    Travail pour les droits civiques

    Par la suite, Rosa Parks devient une icône pour le mouvement des droits civiques. Ne trouvant pas de travail à Montgomery et sous la pression de ses proches inquiets pour sa sécurité, mais aussi en raison de quelques désaccords avec les leaders noirs de la ville, elle se rend en 1957 dans le Nord, à Hampton en Virginie puis à Détroit dans le Michigan.

    Elle y travaille en tant que couturière, jusqu’à ce qu’elle se joigne à l’équipe du représentant démocrate du Michigan, l’Afro-Américain John Conyers à la Chambre des représentants des États-Unis, pour lequel elle travaille de 1965 jusqu’à sa retraite le 30 septembre 1988.

    Ce combat contre les discriminations débouche en 1964 sur le Civil Rights Act, loi qui interdit toute forme de discrimination dans les lieux publics et en 1965 sur le Voting Rights Act, qui supprime les tests et autres taxes pour devenir électeur aux États-Unis.

    Le Rosa and Raymond Parks Institute for Self Development est fondé en février 1987 conjointement par Rosa Parks et Elaine Eason Steele en l’honneur du mari de Rosa, Raymond Parks (décédé en 1977). L’institut organise des visites en bus pour les jeunes générations en leur montrant les sites importants du mouvement pour les droits civiques. Lors d’une visite en 1997, le bus tombe dans une rivière et tue Adisa Foluke, que tout le monde considérait comme son petit-fils adoptif, et en blessa beaucoup d’autres.

    En octobre 1995, elle participe à la « Million Man March », qui rassemble plus d’un million de Noirs à Washington.

    Ses dernières années sont difficiles. Elle est notamment hospitalisée après un hold-up commis le 30 août 1994 par un jeune homme de 28 ans, Joseph Skipper, qui lui vole 53 dollars. Il est condamné le 8 août 1995 à 15 ans de prison. Rosa Parks lui pardonne partiellement, puisqu’elle souhaite qu’il puisse se racheter et non aller en prison. À la fin de ses jours, elle a des difficultés pour payer son loyer et doit faire appel à l’aide de son Église, afin que son propriétaire cesse ses poursuites judiciaires.
    Décès et funérailles

    Rosa Parks réside à Détroit jusqu’à sa mort le 24 octobre 2005. Depuis 2004, elle souffrait de démence dégénérative17.

    Après son décès, la classe politique dans son ensemble lui a rendu hommage. Le président George W. Bush a honoré sa mémoire dans une allocution télévisée et sa dépouille est restée exposée deux jours dans la rotonde du Capitole pour un hommage public. Privilège réservé d’habitude aux hommes politiques et aux soldats, Rosa Parks est la 31e personne après l’ancien président Ronald Reagan en juin 2004 et la première femme à recevoir cet honneur. Elle est également la deuxième personnalité noire (la première fut Jacob J. Chestnut) et la seconde personne ne faisant pas partie du gouvernement (la première était le français Pierre L’Enfant en 1909) à recevoir un tel hommage de la part du gouvernement fédéral.

    Des milliers de personnes assistent à ses funérailles en l’église Greater Grace Temple à Détroit le 2 novembre. On estime à 60 000 le nombre d’Américains qui lui rendent hommage dans les premiers jours qui suivent son inhumation dans son État natal de l’Alabama et à Washington. De nombreuses personnalités y assistent, dont l’ancien président Bill Clinton, la sénatrice de New York Hillary Clinton, le pasteur noir Jesse Jackson, des élus noirs du Congrès et des dirigeants du mouvement des droits civiques. La chanteuse Aretha Franklin chante à cette occasion. Le président américain décrète la mise en berne de tous les drapeaux le jour de son enterrement. Le corbillard lui-même est suivi d’un bus des années 1950 recouvert d’un linceul noir.

    À son décès, le bus dans lequel Rosa Parks avait été arrêtée fut drapé d’un linceul rouge et noir jusqu’aux obsèques officielles. Enfin, les premières places des bus de Montgomery restèrent vacantes jusqu’au jour de son enterrement. Elles étaient recouvertes d’une photographie de Rosa Parks entourée d’un ruban noir portant l’inscription suivante :

    « La société de bus RTA rend hommage à la femme qui s’est tenue debout en restant assise. »

    Hommages

    Rosa Parks est inscrite au National Women’s Hall of Fame.
    L’astéroïde Rosaparks porte le nom de Rosa Parks.
    Le 27 février 2013, le président des États-Unis Barack Obama dévoile une statue de Rosa Parks dans la galerie statuaire du Capitole à Washington18.
    Le nom de Rosa Parks a été donné à une gare RER à Paris (19e arrondissement), qui a été ouverte le 13 décembre 201519 ; les arrêts des tramways desservant la Gare Rosa-Parks (lignes T3 et T8) portent également son nom. Une grande fresque en mosaïque conçue par les habitants du quartier et illustrant la vie de Rosa Parks est installée dans l’un des couloirs de circulation de cette gare20.
    En France, en 2015, 17 établissements scolaires portent son nom (dont le lycée Rosa-Parks de Montgeron, et le lycée Rosa-Parks de Neuville-sur-Saône ainsi que le lycée Rosa Parks de La Roche-sur-Yon), fait rarissime pour une personnalité étrangère21.

    Citation

    « Elle s’est assise pour que nous puissions nous lever. Paradoxalement, son emprisonnement ouvrit les portes de notre longue marche vers la liberté22. »

    — Révérend Jesse Jackson, le 25 octobre 2005.
    Dédicaces

    Mark Camphouse, compositeur, écrivit la pièce A Movement for Rosa en hommage à Rosa Parks.
    Dans les années 1960, le chanteur folk Pete Seeger lui dédie sa chanson If You Miss Me at the Back of the Bus (Si tu ne me trouves pas à l’arrière du bus, c’est que je serai à l’avant).
    En 1989, The Neville Brothers interprètent une chanson qui lui est dédiée, Sister Rosa.
    Le groupe américain OutKast lui a dédié une chanson à son nom dans l’album Aquemini en 1998. Cette dédicace a d’ailleurs fait l’objet d’une polémique.
    Le chanteur Otis Taylor lui a dédié une superbe chanson Rosa Rosa dans l’album Truth is not fiction en 2003.
    Le 2 avril 2005, les Blacks d’Occase, groupe local du Narbonnais, crée sur scène une chanson hommage à Rosa Parks (The Story of une Simple Personne), à l’occasion de la journée « Total Respect » organisée par l’association Ni Putes Ni Soumises, à Gruissan23
    En 2006, le chanteur français Pascal Obispo lui a dédié une chanson Rosa, dans son album Les Fleurs du bien.
    En 2006, le sculpteur sénégalais Ndary Lô a réalisé pour la Biennale Dak’Art une installation intitulée Hommage à Rosa Parks.
    En 2010, le chanteur Ben l’Oncle Soul parle d’elle dans sa chanson Soulman
    En 2010, le rappeur Soprano du groupe Psy 4 de la rime parle d’elle dans la chanson Hiro dans l’album La Colombe
    En mars 2013, l’écrivain Eugène Ebodé publie chez Gallimard La Rose dans le bus jaune, une biographie romancée de la vie de Rosa Parks. Il y dresse un portrait du Blanc qui voulait s’asseoir à sa place dans le bus de la Montgomery City Lines.
    Le 21 octobre 2018, la BBC diffuse l’épisode Rosa de la série Doctor Who.

    Distinctions
    La médaille d’or du Congrès de Rosa Parks porte la légende « Mother of the Modern Day Civil Rights Movement ».

    En 1979, le NAACP décore Rosa Parks de la Médaille Spingarn, sa plus haute distinction, et elle reçoit l’année suivante le Martin Luther King Sr. Award. Elle est nommée au Michigan Women’s Hall of Fame (en) en 1983 pour son action en faveur des droits civiques. En 1990, le Centre Kennedy de Washington, lors de son soixante-dix-septième anniversaire lui décerne un prix. Elle reçoit le prix de la paix Rosa-Parks en 1994 à Stockholm, en Suède, puis la Médaille présidentielle de la Liberté, la plus haute distinction décernée par l’exécutif américain en 1996, des mains du président des États-Unis Bill Clinton.
    Rosa Parks et le président américain Bill Clinton.

    En 1997, le Published Act no.28 décrète le premier lundi – après le 4 février – comme jour férié dans le Michigan (c’est la première fois qu’une personne vivante connaîtrait un jour en son honneur).

    En 1998, elle devient la première récipiendaire du Freedom Conductor Award décerné par le National Underground Railroad Freedom Center24. L’année suivante, elle reçoit la Médaille d’or du Congrès (Congressional Gold Medal), la plus haute distinction décernée par l’organe législatif américain, puis le Detroit-Windsor International Freedom Festival Freedom Award. En septembre 1999, elle reçoit les honneurs de l’Alabama Academy of Honor (en), une organisation qui récompense les citoyens méritants de l’Alabama.

    En 1999, le magazine Time la nomme l’une des vingt plus importantes figures du XXe siècle. En 2000, son État natal lui remet la première Governor’s Medal of Honor for Extraordinary Courage25. En décembre de la même année, la Troy University (en) de l’État de Montgomery donne son nom à un musée et une bibliothèque. Une rue et une école portent aussi son nom à Détroit26.

    Elle reçoit également des récompenses de docteur honoris causa de deux douzaines d’universités de par le monde et est faite membre honoraire de la sororité Alpha Kappa Alpha (en).

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    Histoire du communisme
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    Article général Pour un article plus général, voir Communisme.
    Photo couleur d’un timbre montrant le buste d’un homme vu de profil en costume-cravate, au crâne dégarni et portant une moustache et une barbiche, avec en arrière-plan un carte jaune de l’URSS sur fond rouge.
    Timbre soviétique à l’effigie de Lénine.

    L’histoire du communisme recouvre l’ensemble des évolutions de ce courant d’idées et, par extension, celle des mouvances et des régimes politiques qui s’en sont réclamés. Le communisme se développe principalement au XXe siècle, dont il constitue l’une des principales forces politiques1 : à son apogée, durant la seconde moitié du siècle, un quart de l’humanité vit sous un régime communiste2.

    Le concept d’une société égalitaire où la propriété privée serait abolie existe de très longue date dans la pensée utopiste : c’est à partir de la fin du XVIIIe siècle qu’il commence à être désigné par le mot communisme. Au début du XIXe siècle, l’idée de communisme devient une composante du socialisme : le terme est notamment revendiqué par Karl Marx et Friedrich Engels, qui publient en 1848 le Manifeste du parti communiste. Le marxisme, courant de pensée dérivé des œuvres de Marx et Engels, acquiert au cours du XIXe siècle une importance essentielle au sein de la mouvance socialiste ; quant au mot communisme, qui ne désigne pas alors un courant d’idées distinct, il continue de faire partie des vocabulaires socialiste et anarchiste, mais tombe en relative désuétude3.
    Dessin en couleur d’une foule portant un portrait de Staline et de nombreux drapeaux.
    « Nous luttons pour la paix » : fresque sur toile (6 m x 3 m, 1951) illustrant le culte de la personnalité de Staline dans l’ensemble du bloc de l’Est au début de la guerre froide.

    Le terme communisme revient en usage au XXe siècle, mais son emploi change alors radicalement, car en 1917, les bolcheviks, dont Lénine est le principal dirigeant et idéologue, prennent le pouvoir en Russie. L’année suivante, ils prennent le nom de Parti communiste ; l’Internationale communiste est constituée en 1919 et la mouvance socialiste se divise à l’échelle mondiale entre partisans et adversaires du nouveau régime russe4. Si des tendances opposées, comme la gauche communiste et plus tard le trotskisme, peuvent également se réclamer du communisme, l’Union des républiques socialistes soviétiques domine la mouvance de manière incontestée. Après la mort de Lénine, Joseph Staline s’impose comme le maître absolu de l’URSS et de l’Internationale communiste, achevant de mettre en place un régime politique particulièrement répressif et meurtrier. Le fonctionnement de l’URSS a par la suite servi de modèle aux autres régimes communistes, se caractérisant par une main-mise des partis communistes locaux sur le pouvoir politique, une économie étatisée, la présence massive de la police politique dans la société, et la surveillance des activités des citoyens5.
    Congrès du SED à Berlin-Est en 1963.
    Statue de Mao Zedong.
    Hô Chi Minh représenté sur un panneau de propagande au Viêt Nam.
    Statues au pied de la Tour du Juche à Pyongyang (Corée du Nord).
    Drapeau du Parti communiste italien.

    Après la Seconde Guerre mondiale, une partie des pays européens, occupés militairement par l’URSS, deviennent des États communistes à parti unique et constituent le bloc de l’Est. En Asie, la République populaire de Chine est proclamée en 1949, après la victoire militaire du Parti communiste chinois dirigé par Mao Zedong. La guerre froide oppose durant plusieurs décennies les pays communistes — eux-mêmes progressivement divisés entre eux — au « monde libre » dont les États-Unis constituent la superpuissance dominante, rivale de l’URSS. Dans plusieurs démocraties européennes, comme la France et l’Italie, les communistes constituent une force électorale de premier plan et tiennent un rôle important dans la vie intellectuelle et culturelle. La mort de Staline et la déstalinisation qui s’ensuit à partir de 1956 amènent à révéler une partie des crimes du régime soviétique, altérant l’image de la mouvance communiste. Refusant la déstalinisation, la Chine de Mao rompt avec l’URSS, mais reste isolée. L’Union soviétique use ensuite de sa puissance militaire et politique pour empêcher toute réforme conséquente du monde communiste.
    23e congrès du Parti communiste de l’Union soviétique, en 1966.
    Fidel Castro représenté sur une peinture murale de propagande à Cuba.
    18e congrès national du Parti communiste chinois, en 2012.

    De nouveaux régimes communistes apparaissent aux Amériques (Cuba), en Asie et en Afrique. La pratique dictatoriale des États communistes — dont les exemples les plus célèbres sont, en Europe, l’écrasement de l’insurrection de Budapest, la construction du mur de Berlin, et la répression du Printemps de Prague — contribue cependant à faire perdre au modèle soviétique une large part de son attrait. La Chine maoïste subit elle aussi des désastres lors du Grand Bond en avant, puis de la Révolution culturelle. Par ailleurs, l’identité communiste continue d’être revendiquée par une partie de l’extrême gauche, qui cherche des formes alternatives au modèle soviétique. La sclérose économique et politique des pays communistes leur pose des problèmes croissants6 : à partir de 1986, un vaste mouvement de réformes, connu sous le nom de perestroïka, tente de remédier à la situation. Cette libéralisation politique s’avère cependant insuffisante pour sauver le bloc de l’Est, et débouche au contraire sur l’effondrement des régimes communistes européens. L’URSS elle-même est dissoute à la fin de 1991. De nombreux partis communistes, ainsi que plusieurs régimes se réclamant de cette idéologie, continuent cependant d’exister. La République populaire de Chine, convertie à l’économie de marché mais toujours gouvernée par un parti communiste, tient un rôle de premier plan sur la scène politique internationale et dans l’économie mondiale.
    Sommaire

    1 Origines du communisme
    1.1 Origines du courant d’idées
    1.2 Formation du terme
    1.3 Le communisme dans les premières années du mouvement socialiste
    1.3.1 Naissance du socialisme
    1.3.2 Le blanquisme
    1.3.3 Le socialisme utopique
    1.3.4 Le Manifeste du parti communiste
    1.4 Le communisme de Marx
    1.5 Diffusion du socialisme et du marxisme
    1.5.1 De la première à la deuxième Internationale
    1.5.2 Querelle entre réformistes et révolutionnaires
    1.6 Le contexte particulier de la Russie
    2 Révolution russe et naissance du mouvement communiste mondial
    2.1 Prise du pouvoir par les bolcheviks en Russie
    2.1.1 La chute du tsarisme
    2.1.2 La révolution d’Octobre
    2.2 Guerre civile russe et survie du régime bolchevik
    2.2.1 De Brest-Litovsk à la guerre civile
    2.2.2 Terreur en Russie
    2.2.3 Victoire des bolcheviks
    2.2.4 Consolidation du régime
    2.2.5 Formation de l’URSS
    2.3 Échec de la vague révolutionnaire en Europe
    2.3.1 Guerre civile en Finlande
    2.3.2 Révolution en Allemagne et écrasement des spartakistes
    2.3.3 Agitations sociales en France et en Italie
    2.3.4 Naissance des premiers partis communistes hors de Russie et création du Komintern
    2.3.5 Révolutions en Hongrie et en Bavière
    2.3.6 Essoufflement des révolutions et défaite contre la Pologne
    2.3.7 Victoire des communistes en Mongolie
    3 Le communisme international dans l’entre-deux-guerres
    3.1 Expansion du mouvement communiste dans les années 1920-1930
    3.1.1 Naissance de partis communistes sur tous les continents
    3.1.1.1 Développement de la Troisième Internationale
    3.1.1.2 En France
    3.1.1.3 En Italie
    3.1.1.4 Dans le reste de l’Europe
    3.1.1.5 En Amérique latine
    3.1.1.6 En Chine
    3.1.1.7 Dans le reste de l’Asie et en Afrique
    3.1.2 Les tendances communistes minoritaires
    3.1.3 Réorganisation du Komintern
    3.1.4 Échecs du mouvement communiste
    3.1.4.1 En Europe
    3.1.4.2 En Asie du Sud-Est
    3.1.4.3 En Amérique latine
    3.1.4.4 Début de la guerre civile chinoise
    3.2 Stalinisation du communisme international
    3.2.1 Mort et succession de Lénine
    3.2.2 Victoire de Staline sur ses rivaux
    3.2.3 Renforcement du contrôle sur les partis communistes
    3.3 Politiques staliniennes en URSS : collectivisation, industrialisation et campagnes de terreur
    3.3.1 De la persécution des koulaks aux grandes famines
    3.3.2 Autres transformations de la société soviétique sous Staline
    3.3.3 Des premières purges staliniennes à la grande terreur
    3.4 De la ligne « classe contre classe » aux fronts populaires
    3.5 L’opposition trotskyste
    3.6 La guerre d’Espagne
    3.7 La situation en Chine
    3.7.1 La Longue marche
    3.7.2 Guerre contre le Japon et ascension de Mao
    4 Le communisme dans la Seconde Guerre mondiale
    4.1 L’URSS dans la guerre
    4.1.1 1939–1941 : pacte avec l’Allemagne nazie
    4.1.2 Attaque allemande et guerre totale en URSS
    4.1.3 L’URSS victorieuse
    4.2 Les résistances communistes
    4.2.1 En Europe
    4.2.1.1 France
    4.2.1.2 Balkans
    4.2.1.2.1 Grèce
    4.2.1.2.2 Yougoslavie
    4.2.1.2.3 Roumanie
    4.2.1.2.4 Albanie et autres pays
    4.2.1.3 Italie
    4.2.1.4 Autres pays européens
    4.2.2 En Extrême-Orient
    5 L’essor du communisme après 1945 et le début de la guerre froide
    5.1 Instauration des régimes communistes en Europe de l’Est
    5.1.1 Formation du Bloc
    5.1.1.1 Yougoslavie
    5.1.1.2 Albanie
    5.1.1.3 Pologne
    5.1.1.4 Roumanie
    5.1.1.5 Bulgarie
    5.1.1.6 Tchécoslovaquie
    5.1.1.7 Hongrie
    5.1.1.8 Allemagne de l’Est
    5.1.2 Fonctionnement des régimes communistes est-européens
    5.1.3 Rupture avec la Yougoslavie
    5.1.4 Purges politiques au sein du Bloc de l’Est
    5.2 Le communisme yougoslave après 1948
    5.3 Dans le reste du monde occidental
    5.3.1 En Europe
    5.3.1.1 La guerre civile grecque
    5.3.1.2 En France
    5.3.1.3 En Italie
    5.3.1.4 En Finlande
    5.3.1.5 En RFA
    5.3.1.6 En Autriche
    5.3.1.7 En Belgique
    5.3.1.8 Au Royaume-Uni
    5.3.1.9 En Suisse
    5.3.1.10 À Saint-Marin
    5.3.2 Aux États-Unis
    5.3.3 En Amérique latine
    5.4 Conflits militaires et implantation du communisme en Asie
    5.4.1 Victoire des communistes en Chine
    5.4.2 Premières années du régime maoïste
    5.4.3 La guerre de Corée
    5.4.4 De la guerre d’Indochine à la guerre du Viêt Nam
    5.4.5 Dans le reste de l’Asie
    5.4.5.1 Asie de l’Est et du Sud-Est
    5.4.5.2 Proche et Moyen-Orient
    5.5 Divisions du trotskysme après 1945
    5.6 De l’apogée du stalinisme à la mort de Staline
    6 Divisions et mutations du camp communiste après l’époque stalinienne
    6.1 La déstalinisation et ses suites
    6.1.1 Ascension de Khrouchtchev
    6.1.2 Réorganisation du bloc de l’Est et dénonciation du stalinisme
    6.1.3 Bouleversements en Pologne et en Hongrie
    6.1.3.1 Les évènements de Pologne
    6.1.3.2 L’insurrection de Budapest
    6.1.4 Limites de la déstalinisation et rupture avec la Chine
    6.1.4.1 L’URSS sous Krouchtchev
    6.1.4.2 Rupture sino-soviétique
    6.1.4.3 De Krouchtchev à Brejnev
    6.2 Évolutions du bloc de l’Est
    6.2.1 Diversité des voies politiques en Hongrie, en RDA et en Roumanie
    6.2.1.1 Hongrie : libéralisation relative
    6.2.1.2 RDA : de la construction du mur de Berlin à la détente avec l’Ouest
    6.2.1.3 Roumanie : de l’« autonomie » au régime de Ceaușescu
    6.2.2 Le Printemps de Prague
    6.2.3 Contestations en Pologne : des émeutes de la Baltique à la répression de Solidarność
    6.2.4 Les accords d’Helsinki
    6.3 Les cas de la Yougoslavie et de l’Albanie
    6.4 La révolution castriste à Cuba
    6.4.1 Prise du pouvoir par Castro
    6.4.2 Affaire de la baie des Cochons et crise des missiles
    6.4.3 Politiques intérieure et extérieure du régime castriste
    6.5 La Chine sous Mao et l’après-Mao
    6.5.1 Les « Cent fleurs »
    6.5.2 Le Grand Bond en avant
    6.5.3 La Révolution culturelle
    6.5.4 De la fin de la période maoïste à l’ère Deng Xiaoping
    6.6 Guerres et basculements politiques en Asie du Sud-Est
    6.6.1 Conflits au Viêt Nam et au Laos
    6.6.2 Massacre des communistes en Indonésie
    6.6.3 Victoires communistes dans la péninsule indochinoise
    6.6.4 Massacres au Cambodge et nouveaux conflits en Asie du Sud-Est
    6.7 Dans le reste de l’Asie et dans le monde arabo-musulman
    6.7.1 Mongolie
    6.7.2 Corée du Nord
    6.7.3 Inde
    6.7.4 Népal
    6.7.5 Japon
    6.7.6 En Asie de l’Ouest et en Afrique du Nord
    6.7.6.1 Israël
    6.7.6.2 Iran
    6.7.6.3 Monde arabe
    6.7.6.4 Turquie
    6.7.7 Intervention soviétique en Afghanistan
    6.8 Le communisme en Afrique subsaharienne
    6.8.1 La difficile implantation du communisme en Afrique
    6.8.2 Nouveaux régimes et conflits militaires
    6.8.2.1 Basculements de pays africains dans le camp communiste
    6.8.2.2 Guerres et terreur en Éthiopie
    6.8.2.3 Guerres civiles en Angola et au Mozambique
    6.8.2.4 Des pays « d’orientation socialiste »
    6.9 Guérillas, coups d’État et révolutions sur le continent américain
    6.9.1 Première vague de guérillas
    6.9.2 Coup d’État au Chili contre la coalition socialistes-communistes
    6.9.3 Deuxième vague de guérillas
    6.9.4 Le régime sandiniste au Nicaragua
    6.9.5 Révolution et invasion à la Grenade
    6.10 Dans les démocraties occidentales
    6.10.1 Situations des partis communistes
    6.10.1.1 France
    6.10.1.2 Italie
    6.10.1.3 Finlande
    6.10.1.4 Grèce
    6.10.1.5 Saint-Marin
    6.10.1.6 Espagne
    6.10.1.7 Chypre
    6.10.1.8 Portugal
    6.10.1.9 Belgique
    6.10.1.10 Royaume-Uni
    6.10.1.11 Suède
    6.10.1.12 Autres pays d’Europe du Nord
    6.10.1.13 États-Unis
    6.10.1.14 Canada
    6.10.1.15 Australie et Nouvelle-Zélande
    6.10.2 L’eurocommunisme
    6.10.3 Déclin électoral des partis italien, français et finlandais
    6.10.4 Variations et renouvellements du marxisme
    6.10.5 L’extrême-gauche occidentale
    6.10.5.1 Développement et déclin du maoïsme
    6.10.5.2 Les mouvements trotskystes
    6.10.5.3 De l’« âge d’or » du « gauchisme » européen aux années de plomb
    7 Chute de la majorité des régimes communistes
    7.1 Mouvement de réformes en URSS
    7.2 Écroulement des régimes européens
    7.2.1 Hongrie
    7.2.2 Pologne
    7.2.3 RDA
    7.2.4 Tchécoslovaquie
    7.2.5 Bulgarie
    7.2.6 Roumanie
    7.2.7 Yougoslavie
    7.2.8 Albanie
    7.3 Transitions politiques en Asie et en Afrique
    7.4 L’écrasement du « Printemps de Pékin »
    7.5 Fin de l’URSS
    8 Le communisme après 1989
    8.1 Les régimes communistes actuels
    8.1.1 Chine
    8.1.2 Viêt Nam et Laos
    8.1.3 Corée du Nord
    8.1.4 Cuba
    8.2 Dans les pays ex-communistes
    8.2.1 Russie et autres pays de l’ex-URSS
    8.2.2 Autres anciens pays du bloc
    8.2.3 Cambodge
    8.2.4 Afrique
    8.3 Les mouvements communistes dans le reste du monde
    8.3.1 Italie
    8.3.2 France
    8.3.3 Scandinavie
    8.3.4 Chypre
    8.3.5 Grèce
    8.3.6 Afrique du Sud
    8.3.7 Inde
    8.3.8 Népal
    8.3.9 Autres pays
    8.3.10 Les diverses tendances de l’extrême gauche
    8.3.11 Permanence des références communistes
    9 Notes et références
    10 Annexes
    10.1 Articles connexes
    10.2 Bibliographie
    10.2.1 Ouvrages généraux
    10.2.2 Histoires nationales
    10.2.3 Biographies
    10.2.4 Familles idéologiques
    10.2.5 Articles
    10.3 Liens externes

    Origines du communisme
    Origines du courant d’idées
    Pyramid of Capitalist System
    Pyramid of Capitalist System, début du XXe siècle.

    L’idée d’une société égalitaire et idéalement harmonieuse, fondée sur l’égalité absolue — ou sur certains degrés d’égalité — entre êtres humains, est très ancienne : elle est largement antérieure, aussi bien à l’apparition de la mouvance politique communiste qu’au mot « communisme » lui-même. En dehors des écoles de pensée occidentales, l’idéal d’une société fraternelle se retrouve aussi bien dans le confucianisme — tout particulièrement chez Mencius — que dans le taoïsme, le bouddhisme, ou certains courants de pensée de l’islam. Ces idéaux, qui inspirent des mouvements égalitaristes plus tardifs comme celui de la révolte des Taiping, peuvent être considérés comme constituant, en Orient, des ancêtres lointains et indirects du socialisme7. C’est néanmoins en Occident que se développent des précurseurs plus directs de la pensée égalitariste et de l’idée d’abolition de la propriété. Sous la Grèce antique, Sparte aurait offert un modèle de société pratiquant une forme de « communisme » : selon Plutarque, le législateur Lycurgue aurait résolu à Sparte le problème de l’inégalité foncière en amenant ses concitoyens à mettre leurs terres en commun et à en opérer la redistribution. Cette communauté intégrale des biens aurait uniquement concerné les citoyens spartiates de plein droit, c’est-à-dire l’élite de la cité : sa réalité n’est en outre pas certaine8. Le mythe de l’âge d’or tient ensuite un rôle important dans les constructions théoriques de l’école classique et hellénistique9. Platon imagine, dans La République, une cité idéale, divisée en trois classes : les travailleurs, les guerriers et les dirigeants. Parmi les dirigeants — l’élite de la cité — serait appliquée la mise en commun totale des biens, y compris celle des femmes et des enfants. On ignore cependant si Platon jugeait applicable cette idée utopique : dans Les Lois, il revient à un égalitarisme foncier rappelant davantage celui de Sparte, mais sous une forme plus souple10.
    Thomas More.

    La doctrine chrétienne met également l’accent sur le partage des biens matériels11 : au fil des siècles, la notion d’une société égalitaire où la propriété privée — censée être la source de tous les vices — n’existerait pas, revient autant dans les travaux de penseurs chrétiens réformateurs que dans certaines hérésies, notamment sous la Renaissance dans des courants issus de l’anabaptisme. Des communautés établies en Moravie, dans la mouvance des Frères Moraves, pratiquent la fraternité communautaire et ne possèdent rien en propre12. Durant la guerre des Paysans allemands, le prêtre itinérant Thomas Münzer, idéologue millénariste, lève une armée de paysans et prône la constitution de « communautés de saints » où tout serait partagé. Défait militairement, il est exécuté en 152513. Le millénarisme égalitaire réapparaît durant la décennie suivante, avec le mouvement anabaptiste conduit par Jan Matthijs, puis par son disciple Jean de Leyde. Inspirés par les idées de Münzer, les anabaptistes animent à Münster, de 1534 jusqu’à leur écrasement en 1536, un régime théocratique et égalitariste, fondé sur communauté universelle des biens et des personnes et comprenant la pratique de la polygamie14.

    Sur le plan des idées, le courant de pensée utopiste, qui se développe à partir de la Renaissance, exprime une critique sociale par le biais de la description de sociétés fictives, idéales et harmonieuses, où l’égalité parfaite aurait généralement été réalisée par la disparition de la notion de propriété. Le philosophe et théologien Thomas More signe en 1516 le livre Utopia, qui constitue le modèle du genre en décrivant une île où règneraient l’harmonie sociale et la communauté des biens matériels. Le moine Tommaso Campanella publie en 1602 La Cité du Soleil, ouvrage décrivant une cité idéale fondée sur l’égalité universelle, où la propriété n’existerait pas et où la famille serait remplacée par un système d’éducation communautaire. Les ouvrages de More et de Campanella, fondateurs du courant utopiste, s’inspirent nettement de La République de Platon15,16,17,11. L’imaginaire utopique continue par la suite de nourrir une critique radicale de la propriété privée, présente à des degrés divers dans les œuvres d’auteurs des Lumières : en France, le curé Meslier, Morelly et Dom Deschamps posent une partie des principes et idéaux d’égalité et d’harmonie sociale, repris par la suite par le socialisme et par le communisme18. En Grande-Bretagne, William Godwin, dont les idées sont empreintes d’un ascétisme à la fois puritain et individualiste jette les bases d’une forme de « communisme anarchiste » en prônant une organisation sociale sans État ni gouvernement19.
    Gracchus Babeuf.

    En France sous le Directoire, Gracchus Babeuf mène en 1796 la conjuration des Égaux : sa pensée, héritière directe de la Révolution française, est particulièrement proche du communisme au sens contemporain du terme20. Pour l’historien Michel Winock, « Babeuf et le babouvisme offrent le premier exemple de communisme appliqué, à la fois comme idéologie et comme action révolutionnaire ». Sur le plan idéologique, Babeuf préconise une société fondée sur l’égalité de fait, l’administration commune et l’abolition de la propriété particulière. Sur le plan organisationnel, il articule ses aspirations à une pratique révolutionnaire de type nouveau, celle de l’organisation d’un coup de force par un parti clandestin. La préparation de l’insurrection est ainsi confiée par les babouvistes à un état-major secret, la « révolution communiste » devant se faire par la dictature d’une minorité. Pour Winock, la méthode de Babeuf annonce celles de Blanqui et de Lénine ; de manière plus générale, il voit dans la Révolution française la prémisse de plusieurs éléments du socialisme et du communisme, sur le plan des idées comme à celui de la pratique : pour ce qui est de l’exercice du pouvoir, avec le gouvernement révolutionnaire et les mesures d’exception du Comité de salut public que sont la Terreur et l’instauration d’une dictature « provisoire » en raison des circonstances ; pour ce qui est de l’usage du contre-pouvoir avec la pression « populaire » exercée par les sans-culottes ; Babeuf amenant quant à lui, fût-ce au niveau théorique, une technique de la prise du pouvoir4,21,22.

    Philippe Buonarroti, compagnon de Babeuf, s’emploie dans les décennies suivantes à entretenir et diffuser les idées babouvistes. La doctrine et la pratique politique de Babeuf constituent une origine directe de la notion contemporaine de « communisme », l’égalitarisme, la propriété commune et la redistribution des richesses étant alliés à l’usage de tactiques militantes et révolutionnaires pour prendre le pouvoir23.

    Indépendamment du courant d’idées européen, le XIXe siècle voit se dérouler, en Chine, la révolte des Taiping, mouvement fondé sur un mélange de pensée chinoise et de christianisme hétérodoxe, qui prône l’établissement d’une société théocratique strictement égalitaire (l’égalitarisme taiping se révélant très théorique en ce qui concerne les dirigeants du mouvement). Les Taiping sont plus tard récupérés par diverses écoles de pensée chinoises, dont les communistes, qui les présentent comme des précurseurs24.
    Formation du terme

    Le terme « communisme » vient du latin communis formé du préfixe com- signifiant « avec » et d’une racine dérivée du substantif munus renvoyant au « devoir », à l’« office », à l’« emploi », mais pouvant aussi signifier la « fonction » ou la « tâche ». Ce substantif est lui-même issu d’une racine indo-européenne mei signifiant « changer », « aller », « échanger » et dont les dérivés (monnaie, municipalité, immunité, etc.) se réfèrent aux échanges de biens et services dans une société selon les lois et les règles établies. À cette racine préfixée s’adjoint le suffixe « -isme » désignant une « doctrine »25.

    Le mot communiste est antérieur à celui de communisme. Il apparaît dès le XIIe siècle et désigne alors le membre d’une communauté de mainmorte, forme de propriété féodale reposant sur le servage26. S’il ne renvoie pas alors à la notion de communauté de biens, ce sens est pris en charge par plusieurs termes connexes. Communelli au XIIIe siècle, puis Communicantes au XVIe siècle « situent très exactement les origines théoriques des doctrines communautaires anciennes »26. Ils font référence aux membres de sectes chrétiennes qui mettaient en commun une partie, voire la totalité, de leurs biens. En 1569, un pamphlet polonais faisant état de luttes internes entre anabaptistes et frères moraves, utilise le terme de communista en lui donnant le sens de partisan de la communauté des biens. Cet usage est repris au début du XVIIe siècle dans plusieurs textes néerlandais, puis disparaît complètement après 1650. Ces emplois sporadiques révèlent que les dérivés de commun et de communauté impliquaient de longue date la notion moderne de communisme, sans que cette acception parvienne à s’implanter durablement avant le XIXe siècle27.

    Au cours de la seconde moitié du XVIIIe siècle, le terme communista est introduit dans deux langues vernaculaires : le français et l’italien. Un traité de Victor de Mirabeau emploie en 1766 communiste dans son sens médiéval de « membre d’une communauté de mainmorte »28. À la fin des années 1770, son équivalent italien, communisti, désigne l’habitant d’une commune rurale28. Selon l’historien Jacques Grandjonc, le terme semble avoir connu une certaine fortune dans l’aire géographique Provence-Alpes-Toscane. Tout au long du XIXe siècle, il y est mobilisé pour caractériser de nombreux statuts liés à la vie en communauté : député, copropriétaire, détenteur de biens communaux etc28.
    Restif de la Bretonne rattache le mot communiste à l’idéologie de Gracchus Babeuf.

    L’écrivain Restif de la Bretonne semble avoir joué un rôle décisif dans l’évolution sémantique du concept. En 1785, il publie la lettre d’un propriétaire terrien et philosophe provençal, Victor d’Hupay, qui se déclare « communiste »28. D’Hupay est l’auteur du livre Projet de communauté philosophe (1777), qui décrit un idéal de vie en collectivité29 : il y reprend plusieurs conceptions platoniciennes et se dit favorable à une éducation « communautaire », détachée au moins partiellement du cercle familial. L’idéal philosophique de d’Hupay demeure assez imprécis, mais « la leçon de langage n’a pas été perdue pour Restif »30. Écrit et publié en 1795, le livre de Restif Monsieur Nicolas multiplie les occurrences de communiste et crée le terme français de communisme. Les deux mots se rapportent à une idéologie politique précise : le babouvisme, soit la pensée de Gracchus Babeuf30.

    Le terme allemand Kommunismus serait peut-être antérieur. En novembre 1790, le poète Friedrich Hölderlin rédige un court essai intitulé Du communisme des esprits (Communismus der Geister), à la suite d’une conversation avec le philosophe Georg Wilhelm Friedrich Hegel31. L’authenticité de cet essai a été discutée, même si l’orthographe employée (un C pour Communismus) plaide en faveur d’une datation antérieure au XIXe siècle32. La notion de communisme est employée dans un sens assez christianisant : « communauté de tous les esprits qui vivent dans une même foi, dans un même monde, parce que cette foi et ce monde expriment un même « esprit » : une communauté du divers impliquée dans l’identité du tout »31. Ce communisme spirituel possède sans doute certaines implications matérielles. À plusieurs reprises, Hölderlin s’est déclaré favorable à une mise en commun des biens. Dans son roman épistolaire Hyperion, il décrit le futur État libre sous le prisme de la maxime suivante : « Tout pour tous et chacun pour tous »33,34. Au cours de la décennie 1790, Kommunismus semble avoir continué de circuler. Un procès-verbal autrichien rend ainsi compte des positions d’un jacobin viennois, Andreas Riedel, qui souligne que, « si le terme existait », il qualifierait sa doctrine de Kommunismus30.

    À peine formalisés, les mots communiste, communisme et Kommunismus disparaissent. Le Consulat, l’Empire et la Restauration « vont voir affleurer d’autres intérêts, d’autres vocables »30. En 1827, le journal britannique Co-operative Magazine qualifie le socialisme de Robert Owen de système « social, coopératif et communioniste »35. Les deux termes ne réapparaissent cependant vraiment qu’en 1839. Héritière du babouvisme, la Société secrète des travailleurs égalitaires rattache communiste à la notion de prolétaire révolutionnaire30. Le 1er juillet 1840 se tient à Belleville un « banquet communiste », animé par Richard Lahautière et qui attire environ 1200 participants, en majorité des ouvriers36 ; l’événement contribue à la diffusion du terme dans la presse française et internationale30. John Goodwyn Barmby, correspondant de la revue socialiste anglaise New Moral World, forge communist et communism, rapidement repris dans la presse britannique37. L’Allgemeine Zeitung d’Augsburg traduit les comptes-rendus parisiens du banquet en réactualisant Kommunist. Kommunism n’est réintroduit dans un texte écrit allemand qu’en 1841, même si le terme était déjà oralement employé dans la Ligue des justes l’année précédente37. Dans les années 1840, le substantif communauté est en compétition dans l’usage avec le terme abstrait communisme. En revanche, l’adjectif communiste semble avoir rapidement supplanté le terme alternatif de communautaire. En 1845, Engels parle encore des communistes comme du « parti de la communauté » (Gemeinschaft Partei) ; Proudhon parle indifféremment des « communautaires », des « partisans de la communauté », des « communistes » ou du « communisme », visant généralement les partisans de Cabet mais également, à l’occasion, les « communistes allemands », c’est-à-dire ceux de Marx38.
    Le communisme dans les premières années du mouvement socialiste
    Naissance du socialisme
    Article détaillé : Socialisme.
    Le drapeau rouge, utilisé comme symbole du mouvement ouvrier à partir du XIXe siècle et repris par les mouvements socialistes, puis communistes.
    Gravure représentant la communauté de New Harmony (Indiana, États-Unis).

    Au début du XIXe siècle, la révolution industrielle en Europe et les bouleversements qui l’accompagnent entraînent, tout d’abord en France et au Royaume-Uni, le développement des idées socialistes. Ce courant anticapitaliste, qui vise à résoudre la question sociale en améliorant la condition de la classe ouvrière, se pose progressivement en expression politique du mouvement ouvrier. Le vocable de communisme, que certains auteurs et militants préfèrent d’ailleurs à celui de « socialisme », devient partie intégrante du courant dit du « socialisme utopique » (entendu comme socialisme pré-marxiste) qui envisage une réorganisation complète de la société afin de promouvoir l’égalité entre les individus39. L’entrepreneur et philosophe britannique Robert Owen préconise, pour résoudre les problèmes nés de l’individualisme capitaliste, une nouvelle organisation de la société via la constitution de communautés — des « villages de coopération » de 500 à 2000 personnes, formés de groupes égalitaires d’ouvriers et de cultivateurs organisant leur auto-suffisance sur le modèle coopératif. Dans les années 1820, Owen fonde plusieurs communautés de ce type, dont la plus célèbre est celle de New Harmony, aux États-Unis. L’échec de ces projets n’empêche pas leur instigateur de connaître une grande renommée : jusqu’aux années 1840, l’« owenisme » compte de nombreux disciples40,41.

    Les questions du travail et de la propriété privée inspirent à de nombreux penseurs de la famille socialiste des écrits radicaux. Charles Fourier — qui ne se présente pas lui-même comme communiste42 — préconise non pas la suppression de la propriété, mais sa réforme via l’organisation de la société en phalanstères fondés sur la libre association et l’harmonie. Pierre-Joseph Proudhon, tout en s’opposant lui aussi au courant communiste par hostilité à l’idée de communauté43, contribue à rendre célèbre le dicton « La propriété, c’est le vol » dans son ouvrage Qu’est-ce que la propriété ? (1840)44. Louis Blanc n’envisage pas la disparition de la propriété privée, mais sa généralisation par la coopération et l’association : dans son ouvrage Organisation du travail (1839), il prône une réorganisation du monde du travail au sein d’« ateliers sociaux » qui annoncent, comme par ailleurs les idées de Proudhon, les principes de l’autogestion45 ; Blanc utilise également l’adage « De chacun selon ses facultés, à chacun selon ses besoins » : cette formule également présente chez Cabet et censée représenter l’idéal d’une société socialiste ou communiste, connaît, sous diverses variantes, une grande fortune au temps du socialisme utopique ; elle sera ensuite reprise par Marx, ainsi que par des penseurs anarchistes comme Kropotkine46.

    Au sein du mouvement socialiste, le terme de communistes tend à désigner un ensemble de tendances radicales, au point qu’Engels peut écrire en 1890 que « le socialisme signifiait en 1847 un mouvement bourgeois, le communisme un mouvement ouvrier ». L’appellation communistes distingue plus particulièrement les socialistes insistant sur la réalité de la lutte des classes et ne comptant pas sur la bonne volonté des classes dominantes pour parvenir à une autre organisation de la société. On retrouve des communistes dans le courant d’idées « néo-babouviste ». Les socialistes communistes tendent, en France, à se réunir au sein de sociétés secrètes et prennent part à des insurrections : certains connaissent la prison. Malgré un radicalisme commun, le mot recouvre, dans les années 1840, des courants d’idées assez divers au sein de la famille socialiste47. Babeuf demeure pour cette mouvance une figure mythique, mais la référence qui est faite à son œuvre et à son action demeure souvent superficielle : les divers théoriciens et militants qui se réclament de lui avec insistance tendent souvent, dans les faits, à se démarquer de ses idées48.
    Le blanquisme
    Article connexe : Blanquisme.
    Auguste Blanqui.

    Auguste Blanqui, qui compte parmi les disciples de Babeuf, en a principalement retenu le principe de la prise du pouvoir par un coup de force48 : il participe à de nombreuses conspirations, ses multiples séjours en prison lui valant un statut légendaire dans les milieux révolutionnaires. Son nom donne naissance au courant du blanquisme, pour lequel la révolution doit être provoquée par un petit groupe organisé de militants qui donnerait l’impulsion au peuple49. Homme d’action plus que théoricien, Blanqui envisage une révolution violente, qui se traduirait par une dictature du prolétariat où le peuple serait armé au sein d’une milice nationale. Le passage progressif à une société communiste se ferait en diffusant l’éducation au sein du peuple et en luttant contre les religions, perçues comme des instruments d’oppression50.

    C’est l’échec politique de Blanqui — dont la tentative d’insurrection, en 1839, vire au fiasco — qui tend à sonner le glas d’une certaine mythologie révolutionnaire. L’idée « communiste » est alors essentiellement reprise par des intellectuels, qui n’envisagent pas de la réaliser par une révolution violente ou par l’action clandestine48.
    Le socialisme utopique
    Article connexe : Socialisme utopique.
    Étienne Cabet.
    Wilhelm Weitling.

    Au début des années 1840, les « communistes » français visent non plus à prendre le pouvoir mais à éduquer le peuple en diffusant la doctrine par le biais de la propagande, et en proposant une étude de la société à visées « scientifiques » qui se baserait sur une « connaissance objective de la nature humaine »48. La tendance communiste la plus influente est alors, en France, celle de l’intellectuel chrétien Étienne Cabet, au point que la paternité du mot communisme a été attribuée à ce dernier51,52. Cabet, inspiré par More, Rousseau et Owen, publie en 1840 le livre Voyage en Icarie dans lequel il décrit une société idéale dans la tradition utopique de More ou de Campanella ; la même année, il publie la brochure Comment je suis communiste. Dans ses livres et dans son journal Le Populaire, il prône le passage progressif à une société égalitaire et de propriété commune, gouvernée par le biais de la démocratie directe : pour lui, tout véritable chrétien est forcément communiste car Jésus-Christ prescrit « la communauté »53. Dans les années suivantes, Cabet, qui a convaincu de nombreux adeptes, se lance aux États-Unis dans l’expérience de diverses communautés sur le modèle de l’Icarie49. L’expédition des « icariens », victimes d’une nature hostile et de leur mauvaise organisation, tourne cependant vite au désastre, et les diverses communautés inspirées des idées de Cabet disparaissent avec le temps54,48. D’autres expériences communautaires, à fondement purement religieux, existent par ailleurs à la même époque aux États-Unis, comme les colonies Amana fondées par des Allemands piétistes, ou les communautés Shakers. Ce courant de pensée et ces communautés religieuses refusant la propriété privée sont désignés sous l’expression générique de communisme chrétien55,56.

    Un autre courant communiste que celui de Cabet, lié plus directement à la tradition révolutionnaire et à l’héritage babouviste, se retrouve en France chez des intellectuels comme Richard Lahautière, Théodore Dézamy, Jean-Jacques Pillot ou Albert Laponneraye. Les théoriciens ne se montrent pas forcément précis quant au mode de passage de la société capitaliste à la société communautaire49. Dézamy et Pillot, rejetant toute idée de coup d’État, s’emploient à faire connaître leurs idées via des initiatives comme le « banquet communiste » organisé à Belleville en 1840. L’éphémère journal L’Humanitaire tente également de diffuser en France les idées communistes, en prônant une « science sociale » qui serait « entièrement conforme à l’organisme humain ». Bien que leurs idées soient souvent divergentes, le point commun de la plupart de ces intellectuels communistes français est de viser la construction d’une nouvelle société, qui imiterait la solidarité naturelle du corps humain48.

    Le courant communiste ne se limite pas aux seuls socialistes français : en Allemagne, les idées socialistes pénètrent avec un certain retard et touchent d’abord principalement les milieux intellectuels, influencés par les courants français. C’est à travers un ouvrage de Lorenz von Stein, Le socialisme et le communisme dans la France contemporaine (1842) que les Allemands acquièrent une connaissance approfondie des doctrines venues de l’étranger. Entretemps, divers courants ont fait leur apparition : en 1836, à Paris, des socialistes allemands en exil fondent, à l’initiative de Wilhelm Weitling, la Ligue des justes, qui compte des membres dans plusieurs pays (Suisse, Royaume-Uni…). Weitling prône un communisme empreint d’un mysticisme chrétien comparable à celui des anabaptistes du XVIe siècle : croyant à une révolution sociale qui résulterait d’un mouvement de masse et détruirait la puissance de l’argent, il présente le prolétariat comme l’instrument désigné de l’affranchissement de l’humanité. Karl Schapper, l’un des membres de la Ligue, publie en 1838 l’ouvrage La Communauté des biens, dans lequel il décrit la fin de la propriété privée comme la condition de toute démocratie ; il anime également à Londres la Société communiste de formation ouvrière (Kommunisticher Arbeiterbildungsverein) qui constitue une foyer actif de militantisme socialiste. L’idéologie communiste ainsi diffusée demeure voisine de l’« icarisme » d’Étienne Cabet et compte sur la « raison » et la « discussion pacifique » pour faire triompher ses principes57.

    Les idées socialistes s’enracinent notamment chez les intellectuels allemands à la faveur de la radicalisation du courant des jeunes hégéliens (ou hégéliens de gauche). Ces derniers, athées et matérialistes, réfutent notamment l’idée des hégéliens conservateurs selon laquelle la société prussienne représente un aboutissement de l’Histoire : pour les jeunes hégéliens, la société est au contraire appelée à évoluer et à se réformer jusqu’à parvenir à un degré d’organisation toujours plus juste et rationnel58. Moses Hess, futur penseur du sionisme, vise à transformer la méthode de Hegel en philosophie de l’action : il imagine en 1837 dans son Histoire sacrée de l’humanité un régime de fraternité morale et de communauté de biens qui serait une « nouvelle Jérusalem » où l’homme retrouverait sa vraie nature sur la base de l’altruisme. Pour Hess, le communisme est « la loi vitale de l’amour, transportée dans le domaine social »59.
    Le Manifeste du parti communiste
    Fac-similé de l’édition originale du Manifeste du parti communiste.

    La Ligue des justes est reprise en main en 1846 par Joseph Maximilian Moll et Karl Schapper. La section londonienne de la Ligue la détourne du communisme « philosophique et sentimental » qui avait été le sien sous l’influence de Weitling. En juin 1847, la Ligue des justes prend le nom de Ligue des communistes, sous l’impulsion de Karl Marx et Friedrich Engels. Tout d’abord liée à la Société des saisons blanquiste, elle affiche d’emblée un credo internationaliste en substituant à sa précédente devise « Tous les hommes sont frères » le nouveau mot d’ordre « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! » ; en février 1848, Marx et Engels publient la « profession de foi » du mouvement, intitulée Manifeste du parti communiste. Si le Manifeste n’a pas dans l’immédiat une influence notable60, sa parution a, à moyen terme, de profondes conséquences sur le mouvement socialiste et sur la notion de communisme. Marx et Engels posent les bases d’une conception à visées scientifiques du socialisme et de l’analyse sociale en général, affirmant une orientation nettement révolutionnaire. Proches dans leur jeunesse des jeunes hégéliens, ils rejettent les conceptions chrétiennes du communisme, et prônent au contraire un athéisme militant61. Pour Marx et Engels, le communisme doit cesser d’être une construction abstraite, pour constituer au contraire « le mouvement réel qui abolit l’état actuel »48.

    En 1848, dans le contexte du « Printemps des peuples », le mot « communisme » est devenu suffisamment connu pour que l’essayiste français Alfred Sudre publie, afin de dénoncer le courant d’idées dans son ensemble, l’ouvrage Histoire du communisme, ou réfutation historique des socialistes : y sont notamment englobés sous le vocable « communiste » Platon, Sparte, l’anabaptisme, Owen, Saint-Simon, Fourier et Proudhon. Il n’y est fait aucune mention de Marx62. L’année suivante, Adolphe Thiers publie la plaquette Du communisme, dans laquelle il attaque conjointement Marx et Proudhon63.
    Le communisme de Marx
    Karl Marx et Friedrich Engels.

    Karl Marx indique dans la préface de l’Introduction à la critique de l’économie politique qu’il s’est rallié aux doctrines socialistes et communistes vers 1842-1843. Collaborateur d’une gazette libérale, la Rheinische Zeitung, il effectue à cette époque une série de reportages, sur les délits forestiers en Moselle, qui le sensibilise aux questions sociales64. Parallèlement, la gazette diffuse « un écho affaibli, pour ainsi dire philosophique, du socialisme et du communisme français »65. En 1843, sa parution est suspendue par les autorités prussiennes. À la suite de cette censure, Marx radicalise ses positions. Il estime désormais que l’action politique ne suffit pas pour changer la société : il est nécessaire d’en passer par une restructuration complète des rapports économiques64.

    Échaudé par la répression prussienne, Marx émigre en France en octobre 1843. Pendant son séjour parisien, il se familiarise avec les diverses idéologies et théories révolutionnaires qualifiées, parfois indistinctement, de socialiste ou de communiste. Témoignant de ces multiples influences, les Manuscrits de 1844, ou « Manuscrits de Paris », définissent le communisme comme une société de liberté complète66. Par contraste avec la démocratie libérale, la démocratie communiste repose sur un consensus permanent entre l’ensemble de ses membres : il n’y a ni représentants, ni élections périodiques67. Le pouvoir du peuple est constant. Par contraste avec l’économie capitaliste, l’économie communiste refuse la division du travail et permet à chaque individu d’exercer le métier qu’il souhaite à n’importe quel moment67. Ce premier communisme de Marx tranche avec le communisme plus radical des babouvistes. Il s’inscrit davantage dans un courant romantique et utopique marqué par le socialisme de Charles Fourier ou les conceptions de son ami Heinrich Heine67.

    Par-delà ces emprunts, Marx développe une synthèse originale : son communisme est un communisme historique qui trouve une place définie dans l’évolution sociale de l’humanité. Il ne vise pas à remplacer le système capitaliste, mais à lui succéder, en accord avec la logique dialectique du développement économique68. Cette succession ne peut pas intervenir à n’importe quel moment : la société doit avoir atteint un stade où ses contradictions internes deviennent insurmontables. Concrètement, en détruisant et en assimilant les petites structures commerciales, l’industrialisation empêche l’émergence d’un marché stable : la surproduction devient systématique ; les conditions des masses s’égalisent et se retrouvent imbriquées dans un destin commun ; le prolétariat universel est prêt à faire sa révolution69. Dans la mesure où l’économie de marché représente un état antérieur au communisme, ses acquis et caractéristiques fondamentaux ne disparaîtront pas, mais seront absorbés dans une organisation supérieure69. Les méthodes de travail rationnelles mises au point par la bourgeoisie seront ainsi reprises et systématisées par le prolétariat. Le Manifeste du parti communiste de 1848 décrit ainsi une armée industrielle qui agit en concordance avec un plan commun69.
    Schéma des différentes phases conduisant à l’établissement de la société communiste.

    Ici se dessine l’une des principales contradictions du communisme de Marx, qui témoigne de la pluralité de ses influences originelles69. La description inactuelle de la société communiste dans les Manuscrits de 1844 décrit des rapports sociaux fondés sur des choix individuels toujours fluctuants. Inversement, le récit dynamique de la succession des infrastructures sociales établit une continuité entre les méthodes de production capitalistes et communistes, en particulier en ce qui a trait à la division du travail70. On voit ainsi se concilier deux ou trois approches différentes du communisme. L’historien David Priestland distingue ainsi un communisme romantique (fondé sur la cohabitation spontanée d’individus entièrement libres), un communisme radical (fondé sur la révolte du prolétariat) et un communisme moderniste (fondé sur une administration centralisée)70. Après l’échec des mouvements révolutionnaires de 1848, Marx et, plus particulièrement, son collaborateur Friedrich Engels tendent à privilégier l’approche moderniste. Assez marqués par la biologie darwinienne, ils cherchent à donner à leurs travaux une caution scientifique71. L’observation attentive des échanges économiques et sociaux et la déduction des lois de l’histoire prennent l’ascendant sur les spéculations romantiques. Le communisme conçu comme conséquence logique des déséquilibres du capitalisme est objectivé et rationalisé. Il s’agit désormais du produit d’une association entre des techniciens planificateurs et des exécutants72. Ce système n’est plus tant apprécié pour sa liberté que pour son efficacité, sa capacité à mettre un terme aux progrès et régressions erratiques de l’économie de marché71. À la fin de sa vie, Marx tente néanmoins de concilier les approches modernistes et romantiques en distinguant plusieurs stades internes au développement de la société communiste73. La dictature du prolétariat assure d’abord le renversement complet de la bourgeoisie et de ses institutions. S’ensuit une phase de bas-communisme (que les bolcheviques qualifieront de socialisme réel) qui correspond au communisme moderniste : des techniciens contrôlent rationnellement la production. Enfin, ce processus graduel s’achève par le haut-communisme, stade ultime où la société se perpétue sans aucune coercition ; devenu inutile, l’État se désagrège73.

    En tant qu’objet historique, le communisme pose un problème d’un autre ordre : celui de sa réalisation. Marx élabore un schéma de succession assez précis : initialement la société féodale, puis la révolution libérale, la société bourgeoise, la dictature du prolétariat et enfin la société communiste. Toutefois, il ne donne aucune temporalité précise. Si l’ordre est immuable, ses diverses phases peuvent se moduler73. Pendant les révolutions de 1848, Marx s’interroge ainsi sur le cas de l’Allemagne. Autant la révolution communiste lui paraît imminente en France, autant la société allemande demeure archaïque : elle n’a pas encore fait sa révolution bourgeoise et reste dominée par des structures féodales74. Marx incite en conséquence les communistes allemands à se placer dans une double perspective : celle, prochaine, de la révolution bourgeoise et celle, lointaine, de la révolution communiste. Concrètement, le prolétariat doit faciliter l’avènement d’une démocratie parlementaire sans perdre de vue son propre destin74. À côté de ces accélérations, Marx admet également des raccourcis. En 1881, il affirme à la socialiste russe Vera Zassoulitch que les communautés agraires rendent possible une révolution communiste immédiate dans l’empire tsariste75. Généralement réticent à spéculer sur l’avenir, il laisse ainsi subsister plusieurs ambiguïtés et incertitudes dans son schéma historique. Celles-ci vont alimenter de multiples débats idéologiques à la fin du XIXe et au début du XXe siècle75.
    Diffusion du socialisme et du marxisme
    Articles connexes : Marxisme, Social-démocratie, Socialisme scientifique, Anarcho-communisme et Histoire de l’anarchisme.
    Évolution des emplois de socialisme et de communisme dans le corpus Google Books. À partir des années 1850, communisme est marginalisé au profit de socialisme.
    De la première à la deuxième Internationale
    Le Capital, analyse du capitalisme par Karl Marx, ici dans l’édition originale allemande, parue en 1867, de son premier volume.

    L’échec du printemps des peuples n’entrave que temporairement le développement des mouvements socialistes et ouvriers et le contexte politique plus libéral des années 1860 favorise par la suite leur officialisation. Au cours du XIXe siècle, le développement du mouvement socialiste accompagne, de manière plus ou moins étroite selon les pays, celui du syndicalisme en Europe. En 1864, plusieurs organisations socialistes européennes tentent de s’accorder au sein de l’Association internationale des travailleurs (ou Première Internationale). Ses statuts provisoires sont conçus et rédigés par Marx76 ; ce dernier ne parvient cependant pas à empêcher l’émergence de multiples clivages. Les syndicats anglais ne rompent pas leurs liens politiques avec le Parti libéral et défendent une approche pragmatique d’amélioration graduelle de la condition ouvrière76. Inversement, des anarchistes comme Mikhaïl Bakounine ou Pierre-Joseph Proudhon dénoncent les tendances autoritaires et les prétentions scientifiques du marxisme ; ils privilégient une forme de socialisme décentralisé qui exclut tout recours à une élite technocratique77. Aucune de ces tendances ne se qualifie alors de communiste : le terme tend à perdre sa connotation idéologique pour être remplacé par de nouveaux concepts comme la social-démocratie qui devient, dans une partie des pays européens, le synonyme de socialisme au sens de mouvement politique organisé77,78.
    Couverture du livre Communisme et anarchie, de Pierre Kropotkine (1903).

    Des membres de l’Internationale participent à la Commune de Paris : si la plupart d’entre eux ne sont pas des disciples de Marx, mais plutôt de Proudhon ou de Blanqui, Marx et Engels considèrent avec intérêt cette expérience de démocratie participative active. Marx parle de « gouvernement de la classe ouvrière », Engels écrivant pour sa part, en 1891, que la Commune était l’application de la dictature du prolétariat79,80,81,82. L’expérience de la Commune de Paris représente, dans l’imaginaire socialiste et, plus tard, communiste, un puissant souvenir historique et l’image d’une véritable tentative de gouvernement révolutionnaire : de nombreuses familles politiques revendiquent ensuite sa filiation83. Le soutien de Marx à la Commune, par son texte La Guerre civile en France, contribue également à l’époque à populariser la figure de ce dernier auprès d’un public élargi80 à l’époque même où l’Internationale commence à se disloquer, avec notamment la scission entre les partisans de Marx et les anarchistes conduits notamment par Mikhaïl Bakounine ; les anarchistes, opposés aux conceptions « autoritaires » de Marx (les marxistes étant considérés comme les champions d’une forme de « communisme étatique »84), se retrouvent par la suite chez les collectivistes libertaires (ou « anarcho-collectivistes ») disciples de Bakounine et les anarcho-communistes (ou « communistes libertaires ») inspirés par la pensée d’auteurs comme Pierre Kropotkine ou Errico Malatesta. L’anarcho-communisme, qui nie toute notion de propriété publique, déborde l’anarcho-collectivisme vers la fin des années 1870 : par la suite, après avoir parfois dégénéré dans l’exercice d’une violence gratuite via la forme terroriste de la « propagande par le fait », il évolue lui-même vers la pratique anarcho-syndicaliste. Ce n’est qu’en 1896 que les socialistes anarchistes sont définitivement exclus de l’Internationale ouvrière85,86. En Amérique latine, les idées socialistes libertaires se diffusent notamment à la fin du XIXe siècle par l’intermédiaire de l’émigration européenne, surtout italienne — Malatesta, exilé en Argentine, y publie le journal bilingue La Question sociale — et des milieux anarcho-syndicalistes, en l’absence dans un premier temps d’organisations socialistes structurées. En 1878, au Mexique, un groupe d’anarcho-communistes crée un « Partido Comunista Mexicano » : un mouvement communautaire naît dans la vallée de San Martín Texmelucan, où des paysans se partagent les terres, jusqu’à ce que l’armée intervienne et écrase l’« émeute communiste »87.

    La deuxième révolution industrielle qui s’amorce à la fin des années 1870 en Europe paraît confirmer les analyses et les prédictions de Marx : les industries deviennent de plus en plus importantes ; la condition ouvrière se généralise au détriment de la paysannerie et de l’artisanat ; les conflits sociaux et les inégalités économiques s’exacerbent88. Dans les dernières décennies du XIXe siècle, la pensée de Marx donne naissance au marxisme, vaste courant d’idées marqué par le matérialisme (aux sens historique et dialectique du terme) et l’athéisme89, qui s’impose progressivement comme une idéologie de référence des mouvements socialistes, au détriment de celles de Proudhon ou Bakounine. Le degré d’influence du marxisme est inégal selon les pays mais en Allemagne et en Autriche (où naît au début du XXe siècle le courant dit de l’« austro-marxisme »), de même qu’en Russie, il occupe une position dominante au sein de la famille de pensée socialiste90.

    L’Allemagne récemment unifiée est le terrain privilégié de la diffusion théorique et politique du marxisme. Le Parti social-démocrate d’Allemagne (Sozialdemokratische Partei, ou SPD) naît initialement d’un compromis entre le « socialisme de la chaire », plutôt pragmatique, inspiré des conceptions de Ferdinand Lassalle et le socialisme ouvrier marxisant d’August Bebel. Ce compromis s’incarne dans le Programme de Gotha, qui est vivement critiqué par Marx et Engels. Toutefois, condamné à la clandestinité par la Loi contre les socialistes (Sozialistengesetz) de 1878, le Parti se radicalise : « l’idée de la lutte des classes gagne du terrain au détriment des conceptions lassalléennes »91. Cette radicalisation ne concerne pas que l’électorat. Formée en partie par Engels, la nouvelle élite intellectuelle du Parti se rallie ouvertement aux doctrines marxistes92. En 1891, la Loi contre les socialistes est abrogée en Allemagne. Elle n’est pas parvenue à enrayer l’essor du Parti qui représente désormais 20 % de l’électorat91. Afin de se restructurer, le Parti convoque un congrès à Erfurt. Le « programme d’Erfurt », qui en ressort, reprend tous les grands thèmes du Capital : l’aliénation du travail ouvrier, la lutte des classes, les contradictions insolubles du capitalisme bourgeois…93. Fortement liée aux syndicats qui se développent en Allemagne après la fin des lois d’exception et surtout le départ de Bismarck en 1890, la social-démocratie allemande, très puissante, constitue une véritable « contre-société ouvrière » et tend au monopole de la représentation du mouvement ouvrier en Allemagne94.

    Les mouvements socialistes ne sont à nouveau fédérés qu’en 1889, lors de la fondation de l’Internationale ouvrière (ou Deuxième Internationale). Si le marxisme y est largement représenté, les nuances idéologiques et les dissensions tactiques sont nombreuses entre les partis95.
    Querelle entre réformistes et révolutionnaires
    Article connexe : Reformismusstreit.
    Eduard Bernstein préconise la conversion au réformisme du mouvement socialiste.

    Progressivement, de nouveaux clivages émergent au sein même du marxisme. L’un des principaux idéologues du SPD, Eduard Bernstein, développe une approche théorique nouvelle : le réformisme. Dans son optique, le marxisme est une science et, en tant que science, il doit se conformer aux données immédiates de l’observation socio-économiques96. Plusieurs prédictions du Capital ne se réalisent pas : la classe moyenne, en particulier, résiste à toute absorption par le prolétariat ou la bourgeoisie97. Ce renversement épistémologique a d’importantes conséquences politiques : le socialisme ou le communisme désignent désormais un processus plutôt qu’un état précis. Bernstein qualifie ainsi rétrospectivement de communistes plusieurs hommes politiques anglais du XVIIe siècle98. Pour Bernstein, le mouvement socialiste doit renoncer à l’idée de lutte des classes, cesser de se penser comme le parti du prolétariat en devenant un vaste parti démocratique qui représenterait également les classes moyennes, et proposer non plus une révolution mais simplement des réformes visant à une plus grande justice sociale. La diffusion de ce réformisme suscite au sein du SPD l’important débat dit de la « querelle réformiste » (Reformismusstreit) et entraîne par contre-coup l’avènement d’un anti-réformisme. En 1899, un congrès est organisé à Hanovre pour statuer sur l’orientation générale du Parti : l’option réformiste est rejetée par 216 voix contre 2199. Ce rejet massif des thèses « révisionnistes » dissimule un important clivage interne. La direction du Parti critique les théories de Bernstein sur un plan tactique, August Bebel et Karl Kautsky se faisant les champions de l’orthodoxie marxiste. Rosa Luxemburg, figure de la gauche du SPD, s’oppose elle aussi aux thèses de Bernstein ; elle partage cependant avec lui la critique du décalage entre discours révolutionnaire et pratique réformiste, et prône une revitalisation de la social-démocratie par l’« action de masse ». On voit ainsi émerger trois tendances qui se distinguent de plus en plus100.

    En France, le socialisme émerge dans différents groupes, cercles, syndicats et derrière certains leaders, mais souffre longtemps, contrairement au socialisme allemand, d’un manque d’unité. Les partisans de Marx se retrouvent surtout dans le Parti ouvrier français, de Jules Guesde et Paul Lafargue (lui-même gendre de Marx). Le programme rédigé par Guesde obtient d’ailleurs l’imprimatur de Marx et Engels en personne101,102. La famille socialiste française ne s’unifie qu’en 1905, avec la création de la Section française de l’Internationale ouvrière (SFIO). Solidement implanté sur le plan électoral, le socialisme français est fortement attaché aux principes républicains, et faiblement marxiste. Guesde s’est fait le diffuseur en France d’un marxisme dogmatique, sans grand effort de renouvellement théorique ; Jean Jaurès, quant à lui, a intégré des éléments de marxisme dans son discours mais se fait l’avocat d’un « évolutionnisme révolutionnaire » — soit d’une progression vers le socialisme comme achèvement des principes républicains — et rejette la vision marxiste de l’État103 ; si Jaurès se réclame du courant des « collectivistes » et des « communistes », au sens de partisans de la propriété collective des moyens de production, il fait dans ses idées une large place à l’individualisme et considère que si la nation doit être détentrice des moyens de production, elle doit déléguer ceux-ci à des coopératives et à des syndicats où l’initiative individuelle serait essentielle104.

    Dans le reste de l’Europe, le mouvement socialiste — dit également social-démocrate ou travailliste — se développe également, mais à des degrés très divers selon les pays pour ce qui est de l’importance de la pensée marxiste en son sein et du degré d’alliance entre parti et syndicats. Dans plusieurs pays, l’évolution vers le réformisme est sensible à la veille de la Première Guerre mondiale, avec l’abandon de la ligne révolutionnaire et de la remise en cause du capitalisme, dont il n’est désormais question que de socialiser les profits. C’est notamment le cas en Scandinavie, mais aussi en Allemagne où se développe néanmoins une aile d’extrême gauche incarnée par des personnalités comme Rosa Luxemburg, Karl Liebknecht ou Clara Zetkin105. Rosa Luxemburg se distingue notamment en critiquant vivement l’évolution vers le réformisme de la social-démocratie allemande et prône un processus révolutionnaire que le prolétariat prendrait en main, partis et syndicats devant se contenter d’éclairer initialement les ouvriers sans prétendre ensuite les diriger106.
    Le contexte particulier de la Russie
    Articles connexes : Bolcheviks, Révolution russe de 1905 et Parti ouvrier social-démocrate de Russie.

    L’Empire russe se distingue du reste des monarchies européennes par une économie peu industrialisée, des structures sociales encore très archaïques dont les réformes — comme l’abolition tardive du servage en 1861 — échouent à gommer les profondes inégalités et un système de monarchie absolue imperméable à la pénétration des idées démocratiques. L’exode des populations rurales pauvres vers les zones urbaines aboutit à la formation d’une classe ouvrière vivant dans des conditions souvent très difficiles et ne bénéficiant, dans la seconde moitié du XIXe siècle, d’aucune des avancées sociales des autres prolétariats européens107. Des mouvements socialistes apparaissent, comme les Narodniki, qui passent d’une aspiration au « retour à la terre » à de véritables actions révolutionnaires violentes108. Le mouvement socialiste se développe surtout chez les intellectuels, à travers les travaux d’auteurs comme Alexandre Herzen, Nikolaï Ogarev ou Nikolaï Tchernychevski dont le roman Que faire ? constitue une inspiration pour une génération de jeunes révolutionnaires. Les premières associations ouvrières, en Russie, naissent en 1875 et les aspirations du prolétariat ne rencontrent celles de l’intelligentsia socialiste que très progressivement. Dans certains milieux révolutionnaires se développe une forme de « nihilisme », dont Serge Netchaïev est l’un des représentants le plus célèbre. Des groupes passent au terrorisme, comme Narodnaïa Volia (« Volonté du Peuple ») qui assassine en 1881 le tsar Alexandre II10

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