La récente mésaventure de nos camarades versaillais d’Auctorum (NDLR : alors qu’ils organisaient une conférence, la police a débarqué pour leur infliger une vingtaine d’amendes à 135 € pour défaut de passe sanitaire) vient de nous rappeler brutalement à l’évidence, s’il le fallait, que dans nos activités militantes, la prudence et la discrétion doivent toujours être de mise.

Les récentes mesures pseudo-sanitaires viennent bousculer nos organisations et nous poussent à devoir être toujours plus résilients et inventifs afin de pouvoir nous adapter aux restrictions toujours plus délirantes et parer à toutes les éventualités (ou presque). Le fait qu’il soit désormais un peu plus difficile de se réunir conduit inévitablement à faire passer une part croissante de nos interactions par les réseaux sociaux.

À l’heure actuelle, l’usage des réseaux sociaux est devenu presque indispensable à chacune des communautés militantes de notre camp, qui fleurissent çà et là dans notre pays et disparaissent parfois au gré des humeurs du ministre de l’Intérieur. On pourrait presque affirmer que, pour la plupart des communautés militantes de notre camp, ils sont devenus le nerf de la guerre : ils permettent de tailler dans le budget com’, en reléguant bien souvent l’imprimeur aux oubliettes, pour s’offrir une large visibilité à peu de frais.

Si l’usage des réseaux sociaux est devenu très important de nos jours, notamment pour diffuser nos idées, pour annoncer nos conférences et nos activités, ou plus simplement pour notre organisation interne, par les temps particulièrement contraignants que nous vivons, il convient d’interroger notre usage de ces derniers, et de nous rappeler qu’ils doivent toujours être un moyen et jamais un but : il ne nous importe pas tant d’avoir x milliers d’abonnés sur tel ou tel réseau, mais plutôt de garder le lien avec l’extérieur permettant à notre communauté de ne pas vivre totalement repliée sur elle-même de façon sectaire.

Un bon moyen de tester la solidité d’une communauté et des liens qui relient ses membres entre eux est de leur demander comment ils maintiendront le lien avec leurs camarades dans l’hypothèse où tous les réseaux sociaux et téléphoniques sautaient du jour au lendemain. S’ils savent quoi faire en pareille situation, c’est que les liens sont suffisamment solides. Sinon, ils ne feront pas long feu.

Il convient ici de rappeler que nombre de mouvements de guérilla et de résistance clandestine, dont les exemples ne manquent pas, sont parvenus, sinon à leurs fins, du moins à engranger de significatives victoires sans réseaux sociaux, sans autres armes que leurs convictions, leur discipline organisationnelle et leur grande prudence en matière de communication. La communication a bien souvent été un point névralgique de l’action révolutionnaire, le paradoxe actuel étant qu’il n’a jamais été aussi facile de communiquer mais jamais aussi difficile de faire la révolution.

À l’heure de la surveillance généralisée et de la censure numérique banalisée, il apparaît donc particulièrement nécessaire d’interroger notre usage des réseaux sociaux, militant mais aussi personnel, tant l’un déborde parfois sur l’autre.

Il convient donc de lancer une réflexion sur la nécessaire sobriété numérique. Les années 90 ou 2000 où Internet était perçu comme un espace de liberté quasi illimitée sont révolues depuis longtemps ; les réseaux sociaux furent l’arme grâce à laquelle le système a largement repris le contrôle non seulement sur l’expression de tout un chacun, en décidant qui a le droit de dire quoi, mais aussi d’une certaine manière sur les interactions sociales. Cette réflexion, pour être efficace, devrait être menée tant sur le plan communautaire qu’individuel.

Le fait de chercher à protéger ses conversations sur les réseaux au moyen d’applications plus ou moins cryptées (Telegram, Signal, Olvid, etc…) n’est pas une solution optimale dans la mesure où le système aura toujours un temps d’avance sur nous en matière de surveillance : ce serait céder à la peur, se réfugier dans des solutions court-termistes sans s’interroger sur le fond du problème. Tant le cryptage que les codes secrets, souvent longs et fastidieux à mettre en place, n’offrent guère de secours à l’heure de l’instantanéité.

La communication numérique, à laquelle nous avons pour ainsi dire été biberonnés, et qui est quasi omniprésente dans notre quotidien, doit être une béquille que l’on doit pouvoir ôter sans pour autant perdre l’équilibre. Dans ce domaine, comme d’ailleurs dans beaucoup d’autres, il n’est pas de solution toute faite prête à être utilisée en toutes circonstances. Il ne s’agit pas de quitter totalement ces réseaux, il convient plutôt d’en user à bon escient, avec parcimonie, et surtout de savoir leur trouver des alternatives efficaces et adaptées à nos besoins, afin d’y faire transiter le moins d’infos possible, en particulier pour tout ce qui a trait à l’organisation interne de la communauté.

À nous donc de mener cette réflexion au sein de nos communautés, de trouver des solutions adaptées à chacune de nos configurations communautaires et militantes, pour ne jamais être pris au dépourvu, et avoir un certain nombre de parades possibles en cas de besoin, afin que dissidence rime toujours avec prudence et jamais avec silence.