En ces temps troublés où le Q.I. moyen a tendance à s’affaisser et la pensée complexe à disparaître, il n’est pas très étonnant de voir nos contemporains fonder leurs jugements sur des raisonnements simplistes.

L’immigration en est un excellent exemple. D’aucuns aimeraient y voir un mal simple que l’on pourrait supprimer d’un coup de baguette magique pour rétablir la France des années 60. Or, si le Grand Remplacement est une réalité statistique, il n’est ni le fruit d’une cause unique, ni l’essence du mal profond qui nous affecte dont il n’est qu’un des nombreux symptômes.

Ce problème est la conjonction d’intérêts présents de plusieurs parties et la suite logique d’une cascade d’événements ayant commencée il y a déjà plusieurs siècles.

On peut citer parmi les intéressés de notre temps les migrants eux-mêmes bien sûr, en quête d’une vie plus confortable, le grand Capital en recherche permanente d’esclaves à mettre en concurrence sur le ”marché du travail”, la gauche parlementaire à la recherche d’un nouveau prolétariat pour remplacer celui qui a cessé de croire en elle.

On peut également mettre en avant plusieurs facteurs historiques qui ont amené à cette situation, comme la colonisation (notre pays en est un bon exemple), les rapprochements diplomatiques (la présence de populations turques en Allemagne n’est pas fortuite), les guerres de ressources néocoloniales qui sont plus récentes ou encore l’une des conditions les ayant rendues possibles : l’essor de la technique des civilisations. C’est ce dernier point qui nous intéresse pour l’heure.

L’impact des avancées technologiques a de longue date été constaté dans des domaines comme la sociologie et l’économie, l’analyse du capitalisme industrielle par Marx – pour ne citer qu’elle – en fait foi. Toutefois, l’influence sur les relations entre groupes ethniques/génétiques a elle été longtemps délaissée, bien que facilement constatable et encore plus depuis la révolution de la génétique entamée dans les années 2000.

Cette influence se traduit essentiellement de deux manières, la première, moins présente dans notre monde globalisé, dans les rapports de domination directs induits par la différence de niveau technologique. Les vaincus et les esclaves portent toujours la marque de leurs maîtres. Si les membres de la population afro-américaine disposent tous d’un fragment d’ADN caucasien, ce n’est pas par hasard.

On en trouve une bonne illustration dans les prémices de l’histoire avec l’épopée du peuple Yamna. Originaire des steppes pontiques, il entre en expansion au IIIème millénaire avant Jésus-Christ suite à l’invention de la roue avec laquelle il développe une stratégie de chars de guerre sur lesquels il se jette à l’assaut du monde. Conséquence, leur mode de vie se répand sur l’Europe, comme en témoigne la présence de la culture de la céramique cordée et une forte présence de leurs gènes dans l’ADN des peuples indo-européens dont ils seraient possiblement les pères, et les locuteurs premiers du langage Proto-Indo-Européens.

L’exemple est encore plus frappant quand on constate l’influence des Yamnas sur l’Inde où après avoir bousculé la civilisation primitive de l’Indus, ils établissent leur propre culture avec leur langue et un système de domination par caste qui s’est perpétué jusqu’à nos jours avec son pendant raciale, le gène Y des hommes des castes supérieurs étant d’ascendance européenne par opposition à celui des castes inférieurs étant lui d’origine asiatique, quand l’ADN mitochondriale montre une ascendance féminine uniquement asiatique.

De l’Armorique aux bords du Gange, la culture Yamna a donc participé à rapprocher plusieurs dizaines de peuples par la langue, l’artisanat, l’art de la guerre et un héritage génétique similaire, et ce de par son avance dans la maîtrise de la roue.

Chacune des colonisations dans l’histoire est une démonstration du rapprochement des peuples par la technique.

En premier lieu parce qu’une colonisation nécessite une capacité de transport civil et/ou militaire, et en second lieu parce qu’elle ne peut amener qu’à trois scénarios.

Le premier scénario est l’extermination du peuple autochtone par les colons. Les Amérindiens qui se sont confrontés aux colonisateurs anglo-saxons, équipés d’armes modernes et venus par des vaisseaux avancés, restent à ce jour la meilleure école d’application de cette stratégie. L’histoire a connu des équivalences auparavant, on peut par exemple citer la purge par l’empire romains de 95% de la population originelle de Corse, mais aussi dans le futur si on en rapproche les génocides industrialisés du 20ème siècle.

Le deuxième scénario est celui de la domination post-conquête, on reprendra aisément l’exemple précédent de la culture Yamna, mais on peut aussi citer l’Amérique Latine qui a vu sa population se métisser largement sous la sujétion portugo-espagnole ou encore les conséquences visibles des liens coloniaux de la France et l’Angleterre avec leurs peuples coloniaux d’Afrique, en plus d’appliquer une langue commune ainsi qu’un mode économique à l’image du leur. La proximité de l’envahisseur avec le vaincu mène toujours au métissage.

Le troisième scénario est celui de l’entente cordiale entre colons et natifs. Ce fut vu dans la colonisation française de l’Amérique du Nord où les colons se firent les alliés voir les parents des membres de tribus algonquiennes, rapprochés par leurs ennemis en commun qu’étaient les britanniques et iroquois, mais également par le rapprochement mutuel de leurs modes de vie.

Ce dernier exemple nous permet d’introduire la deuxième influence sur les relations entre groupes humains par la technique, à savoir, l’uniformisation des modes de vie.

“Qui se ressemble, s’assemble” dit l’adage populaire. De fait l’harmonisation des modes de vie par la technologie a permis à de nombreux peuples de s’unir pacifiquement pour ne former plus qu’un au long terme.

L’un des premier exemple de l’histoire serait la propagation de l’agriculture, qui en Europe s’est faite par le biais de population orientale qui ont étendu leur modèle agraire en s’agrégeant naturellement les populations de chasseurs-cueilleurs européennes, sans que les études ADN ne démontrent une soumission de la part des natifs envers les arrivants.

On peut également citer les bassins ouvriers transvasant les prolétaires d’Europe aux gré des luttes sociales, dans la suite logique de la Révolution Industrielle. D’où les vagues d’immigrés italiens, polonais ou encore portugais qu’a connu notre pays au 19ème siècle permises par l’accélération des déplacements et l’uniformisation du travail de la condition ouvrière.

Et nous en arrivons à notre point de départ : le Grand Remplacement. Il n’y a pas de cause unique et comme précédemment évoqué le lien de domination coloniale a fortement joué. Cependant si des individus peuvent venir d’un autre hémisphère et s’intégrer dans notre système économique, c’est qu’ils y ont été prédisposés par un mode de vie similaire au nôtre. De fait, la colonisation européenne a provoqué une rupture suivie d’un alignement anthropologique, essentiellement pour les subsahariens, qui apparaît de manière visible dans l’explosion démographique d’un continent qui ne comptait que 100 000 individus il y a 200 ans et on dénombrera 3 milliards à la fin du siècle. Sociétés complexes, systèmes de production alimentaire et médecines modernes importés d’Europe ont amélioré la qualité de vie des autochtones au prix de la destruction des modes de vie locaux et de l’équilibre réalisé par le temps entre les peuples indigènes et leurs terres.

Ajoutons à cela, la télévision qui a permis aux Etats-Unis de dispenser leur propagande, de vendre leur modèle culturel et par là d’occidentaliser toutes les populations du monde. Si Moscou, Pékin et Ho-Chi-Minh Ville ont leurs propres McDonald’s, même jusque sur la place rouge, ce n’est pas non plus par hasard. Les nouveaux moyens de communication font battre la publicité à plein régime pour uniformiser les consommateurs sur l’ensemble du globe. La révolution du numérique a suivi, également dans le monde entier, mettant les smartphones et internet à la disposition du moindre péquin, dans les moindres recoins de la planète et transmettant, par ses images, à tous les déshérités du globe le même rêve d’un pseudo-”El Dorado occidentale”.

Jaime Semprun, dans son livre “L’Abîme se repeuple”, dénonce dès 1997 cette vision atlantiste déconnectée du réel que retranscrit l’appellation “Tiers-Monde”. Parce qu’en effet, de Lagos à Rio de Janeiro en passant par Shanghai, toutes ces métropoles font jeu égale avec nos capitales; que ce soit en termes culturels puisqu’on y retrouvera les mêmes fast-foods, les mêmes magasins de prêt-à-porter, qu’on y projette les mêmes films et y diffuse les mêmes musiques; mais c’est surtout le contexte d’inégalités sociales qui ressemble fâcheusement au nôtre mais en plus exacerbé, mais avec cependant les mêmes révoltes et climat insurrectionnel menant à la même répression, avec cette fois une avance technologique pour les “Tiers-mondistes”, à tel point que désormais des élus dans des Etats comme la France se font conseiller dans le domaine de la sécurité par des spécialistes issus de totalitarismes comme la Chine, quand ils ne s’y équipent pas directement. Méprisant ces peuples que nous pensions à notre poursuite, nous les retrouvons devant nous, dans la société qui nous attend demain, où le service public aura disparu au profit de services privés de pointe disponible pour une élite minoritaire ayant les moyens de les payer et maintenant les populations sous contrôle dans une société mêlant consommation et surveillance totale.

Ces sociétés analogues fondées sur l’union de la croissance infinie et de l’essor technologique ne peuvent fonctionner que dans un cadre mondialisé permettant d’assurer l’approvisionnement de leurs chaînes logistiques. Ces chaînes prennent ainsi la forme de flux, certains d’entre eux faits de ces humains uniformisés vivants hier à Singapour, aujourd’hui à Moscou, demain à Seattle.

Pour l’exemple, revenons à “nos” arrivants, évoqués en introduction, qui suivant les chaînes logistiques de la France-Afrique, conditionnés comme n’importe quelle autre marchandise importée par le Grand Capital pour pouvoir se vendre chez nous, en l’occurrence sur le fameux “marché du travail”. Leur profil est cas d’école : “débarquant en Méditerranée, le dernier Iphone déjà en poche”, 89,3% de ceux qui ont obtenu un titre de séjour en 2009 sont issus de catégories socio-professionnelles que l’on pourrait qualifier d’urbaines, quand seulement 7,6% d’entre eux viennent de professions agricoles (Sources : DSED, Elipa, 2010 ; exploitation Dares). Bref, le mythe du miséreux sous-développé venu de sa brousse pour échapper à la faim en prend un peu dans l’aile.

“Le monde moderne s’est divisé lui-même entre conservateurs et progressistes. L’affaire des progressistes est de faire des erreurs ; celle des conservateurs est d’empêcher les erreurs d’être corrigées.” si on en croit Chesterton. De fait, on ne saurait endiguer les mouvements migratoires sans abattre les racines du problèmes qui aujourd’hui s’incarnent dans le système techno-capitaliste. Alors nous devons agir sur le fond du problème, remettre en cause notre propre mode de vie dans sa déviance, repenser notre rapport à l’énergie plutôt que de se réjouir de l’arrivée imminente de la fusion nucléaire, qui par sa démesure ne participera qu’à l’accélération de la globalisation, et de la conquête de l’Espace (essentiellement de ses ressources) qui mènera à la création du prolétaire-colon esclavagé par l’investisseur capitaliste gérant son approvisionnement. Parce que certes participer à ces projets permettra à l’état français de préserver sa “puissance”, mais seulement si nous pouvons nous résoudre à devenir une population métissée-déracinée, soumise aux impératifs logistiques de la technique moderne, le tout dans un encadrement made in China.

Mais concrètement, “Que faire?” aurait dit Lénine. Tout d’abord se tourner vers l’histoire, qui après tout fut rédigée à cet escient : transmettre les leçons des erreurs et réussites de ceux qui nous ont précédé. Se pose alors la question de savoir si des civilisations antérieures ont déjà fait ce choix de limitation du développement de leurs technologies.

Dans un esprit localiste, voir chauvin, commençons avec les sociétés classiques de la vieille Europe. Les cités grecques par exemple, disposèrent à des dates avancées de machines comme les automates de Philon de Byzance, l’orgue de Ctésibios ou encore la machine à vapeur de Héron d’Alexandrie. Ces inventions qui seront redécouvertes 2000 ans plus tard, ne lancerons pas leur de leur création la Révolution Industrielle qu’elles lanceront à la fin du Long Moyen-Age. S’il ne s’agit pas d’un interdit institutionnel, les historiens s’accordent sur la volonté des civilisations antiques de préserver leur modèle social, notamment l’esclavage, qui s’en serait trouvé bousculé, tout comme la mécanisation bouscule nos travaux manuels.

Si l’Europe de l’Antiquité ne légifère pas sur le problème, l’ère médiévale voit la promulgation d’interdits technophobes par la voix de l’Eglise. Le cas le plus probant étant celui de l’arbalète qui fut frappée d’anathème dans son utilisation dans les conflits intra-chrétienté au deuxième concile de Latran en 1143, officiellement parce que jugée déshonorante, officieusement parce que capable de perforer les armures et donc mettant la noblesse à la merci du premier vilain venu sur le champs de bataille.

Loin de nos contrées, au XIVème siècle en Chine, les Ming la politique du Haijin (“la petite mer”) visant à limiter le commerce avec l’étranger, et maintenir une économie limitée dans les régions côtières loin de la capitale pour les maintenir dans leur dépendance à l’empire. La loi passe en l’occurrence par l’interdiction de la navigation privée, mais aussi par l’interdiction des technologies de navigation en haute-mer. Ces décrets seront en application durant près de cinq siècles.

Il ne s’agit pas là de juger des motifs des contrôles que ces peuples ont effectué mais juste de constater l’évidence : le politique peut agir et limiter la technologie. “L’impression d’un progrès continu de la technologie vient du fait qu’il s’agissait principalement, jusqu’à un siècle ou deux avant la révolution industrielle, d’une technologie à petite échelle” si on en croit le point 209 de Kaczynski.

La question devient plus ardue quand il s’agit de faire régresser la société industrielle, puisqu’elle est dans sa forme actuelle, la pire ennemie de notre identité, et donc d’entrer en décroissance. Dans la suite de l’idée de technologies de petite et grande échelle, on peut constater dans l’histoire des déclins technologique sur celles de grande échelle. L’ingénierie civile en est un marqueur clair. Les aqueducs, routes et égouts n’ont pas survécu à la chute de l’empire contrairement aux techniques d’artisanat qui ont perduré dans le Moyen-Age. Dans le même ordre d’idée, nous ne sommes toujours pas en mesure d’expliquer et donc de reproduire les moyens ayant permis au mayas, aztèques et égyptiens anciens de bâtir leurs pyramides respectives.

Si l’honnêteté intellectuelle nous oblige à reconnaître que ces retraits de la technique furent subis, elle oblige cependant à constater qu’il existèrent et que la civilisation n’en a pas moins survécu, dans un format et une échelle différents. Et c’est précisément le but de la pensée décroissante, le retour au local contre le global. La technologie de petite échelle pour garantir l’autonomie des communautés sans les entraver, contre la technologie de grande échelle déracinée et ses logistiques liberticides.

Penser la décroissance, c’est penser la préservation de l’identité, et si pour Aristote la cohérence est indissociable de la raison, alors pour sauver votre civilisation, vous serez décroissant. Être de droite, c’est entre autres savoir poser des frontières, celle de la technologie est celle qui garantissant nôtre autonomie, garantit notre liberté.

L’immigration n’a pas de cause unique, comme indiqué en début d’article. Les contraintes écologiques, démographiques, économiques et d’autres facteurs font convergence. Et pourtant si le techno-scepticisme ne vous protégera pas forcément du métissage, la société industrielle ne vous laissera pas d’alternative.

Pour aller plus loin :

David Reich, Comment nous sommes devenus ce que nous sommes, la nouvelle histoire de nos origines révélée par l’ADN ancien, Lausanne, Presses polytechniques et universitaires romandes, 2019.

Jaime Semprun, L’Abîme se repeuple, Éditions de l’Encyclopédie des Nuisances, 1997

Théodore Kaczynski, La Société industrielle et son avenir, Paris, L’Encyclopédie des Nuisances, 1998.Comité Invisible, L’Insurrection qui vient, Paris, La Fabrique, 2007.