Si tu n’es pas encore complètement revenu du cliché qui veut que la femme ait commencé à
faire sa place dans la société au début du XX e siècle, ou si tu cherches à te documenter pour pouvoir
répondre aux pauvres ignorants qui y croient, ce livre est pour toi. Tu y apprendras que la femme
prend pleinement part à la vie de la société lors de l’âge féodal (X e – XIII e s).

Pour ce qui est de la vie intellectuelle, les femmes lisent plus que les hommes, inspirent des poèmes
courtois, écrivent des manuels d’éducation, enseignent. Ce n’est que lorsque vient la Renaissance que
la question de l’instruction des femmes se pose : l’influence de l’université en fait l’apanage des
hommes.
Sur le plan économique, les femmes travaillent dans presque tous les corps de métier, y compris la
médecine, le brassage de la bière, l’espionnage… Elles passent des transactions sans autorisation
maritale et désignent des « prudes femmes » (équivalent des prud’hommes) dans chaque métier pour
le contrôle des usages du travail et de la qualité de la marchandise.
En fait, la place de la femme dans la société s’amenuise dans la proportion où la puissance du
bourgeois s’étend, ce que souligne ce livre. Les femmes à la campagne ont l’occasion d’exercer un
pouvoir identique à celui des hommes, notamment dans les seigneuries. En ville, nulle trace de
femmes maire, échevin, consul ou recteur. Les femmes votent mais les fonctions municipales sont aux
mains des hommes.

Ceux que l’on voit prendre le pouvoir en ville sont surtout les commerçants : ceux qui achètent pour
revendre. C’est dans la haute bourgeoisie des villes que se dessine le plus nettement l’écart de statut
entre l’homme et la femme ; le décalage sera renforcé par la redécouverte du droit romain, nettement
plus favorable aux commerçants que les coutumes féodales issues des milieux ruraux.

Autre fait intéressant évoqué dans ce livre : le grand dynamisme technologique de ces âges peu connu
du grand public, avec notamment l’invention du conduit de cheminée au XI e s. Qui dit cheminée dit
foyer. Il y a désormais un endroit où toute la communauté se rassemble pour se chauffer, s’éclairer, se
détendre. Le foyer simplifie les tâches domestiques et allège le travail de la femme.
Le moulin a déjà libéré les femmes de la meule à laquelle elles étaient attelées pour écraser le grain
(Antiquité), avec l’attelage du cheval (collier d’épaules rigide, VIII e s).

Enfin, Régine Pernoud met en avant le caractère antiféministe, selon elle, de l’université. En effet l’université
est issue du clergé et entend supplanter les écoles monastiques, elle est hostile à ce qui n’appartient pas
aux structures cléricales. Les religieuses ne peuvent être admises à recevoir un enseignement
universitaire, qui est de plus en plus considéré comme seul valable. Des poursuites sont même
engagées contre les femmes-médecins au XIV e  : il leur est interdit d’exercer sans justifier d’un
diplôme qu’elles ne peuvent obtenir.
C’est donc après le XIII e s. que les femmes sont écartées de tâches qui sont alors considérées comme
l’apanage des hommes.

Ainsi, selon Pernoud, les femmes entrent dans l’histoire lorsque se développe la foi chrétienne,
à partir de l’Antiquité et avec une apogée à l’âge féodal ; puis sont écartées par les bourgeois qui font
advenir avec eux le règne de l’argent. Ce livre permet donc de réviser son histoire, de battre en brèche
quelques clichés tenaces et de se convaincre, s’il en était encore besoin, que nous souffrons d’être trop
bourgeois !