On pourrait se contenter de présenter cet ouvrage pour la créativité de l’auteur, ainsi que pour le talent du traducteur, lui ayant valu le prix Victor Hugo en 2015. Toutefois se contenter de la forme, qui exploite parfois des schémas et stéréotypes simplifiés pour faciliter le développement de l’intrigue, serait se priver du réel intérêt du livre.

Un grand nombre de thèmes et problématiques s’y trouvent abordés : politiques, historiques, philosophiques et scientifiques.

Sous la plume de l’auteur se dessine le portrait de la nouvelle Chine. Délaissée par le parti communiste chinois dans le passé, la doctrine de Mao s’y trouve vertement critiquée dans le récit des purges de la Révolution Culturelle, de la violence de cette dernière ainsi que de l’absurdité de son application dans les milieux universitaires. Cette hostilisation de la Chine tiers-mondisée du Grand Timonier permet à Liu Cixin de mettre en opposition la Chine moderne, technologique et conquérante de Xi Jinping qui fait figure de progrès et de civilisation face aux premiers temps “barbares” du PCC.

Dans le même ordre d’idée se trouve abordée la question de l’écologie dont la critique sera la seule thématique persistante du livre, passant de la critique d’une théorie “capitalo-bourgeoise” à celle d’un extrémisme vert technophobe montré comme mortifère, suivant ainsi la ligne du PCC dans son adhésion à l’idée libérale de la “croissance verte”. L’ouvrage se fait ainsi en de nombreux endroits le porte-voix du parti, dans ce que l’on pourrait considérer comme un habile exercice de propagande.

Outre l’écologie, de nombreuses réflexions de fonds enrichissent le récit, portant sur des enjeux philosophiques modernes tels que la place de la Science, la relation entre réalité et perception, la place de l’homme dans l’univers, les nouvelles organisations sociétales ou bien encore la nature humaine face aux bouleversements de ses conceptions.

Ingénieur de son état, Liu Cixin inscrit sont œuvre dans le genre Hard Science-fiction en articulant son récit sur les concepts – vulgarisés pour l’occasion – de la Physique actuelle. Cette dernière constitue le fondement de l’ouvrage, jusqu’à en inspirer le nom. Caractéristique majeure de la Hard Science-Fiction, ce réalisme scientifique confère à la narration une puissance évocatrice inspirant un réel malaise au lecteur qui s’en trouve d’autant plus investi dans le récit.

Alors que la littérature Cyberpunk se meurt de par l’accomplissement de ses prédictions et mises en garde, la Hard Science-Fiction semble avoir un bel avenir devant elle, tant dans sa possible dimension technophobe que technophile. Elle illustrera probablement au mieux le débat sur la Technique dans les années à venir.

Pour aller plus loin :

Notre émission sur la Science-Fiction : https://youtu.be/3a73v0ozV-0

Notre bibliographie : https://dextra.fr/bibliographie/