Christian de La Mazière fut un homme qui vécut plusieurs vies. La plus fastueuse se fit dans sa carrière d’impresario où on le vit s’afficher au côté des femmes de son temps, de Dalida à Brigitte Bardot. Une seconde vie, faite de mondanité et de succès, qu’il perdit lorsqu’il assuma sa première, “légèrement” plus sulfureuse, son détail essentiel se révélant être son engagement dans la Waffen SS…

  Suite à son passage volontaire dans un documentaire en 1970 sur sa vie pendant la guerre, ses “amis” et contacts prennent leurs distances. Il publiera son livre témoignage deux ans plus tard : “Le rêveur casqué”.

  Faisant le récit de sa guerre, depuis son engagement dans la Division Charlemagne en août 1944 jusqu’à sa sortie de prison en 1948, l’ouvrage se termine comme il a commencé, une rencontre entre trois amis. En 1944 ces amis prennent chacun une route différente : l’un va se terrer dans sa campagne en attendant la fin de la guerre, l’un rejoint la résistance gaulliste, tandis que Christian choisit l’uniforme noir à feuilles de chêne.

  Si le récit historique donne sa force au témoignage de l’ex-SS, son véritable intérêt réside dans le regard à posteriori de l’auteur sur ce que furent son engagement et ses raisons d’y arriver.

  La rencontre des trois amis après la guerre est sans équivoque, le SS s’est battu par romantisme pour une cause perdue, le résistant cocu est déprimé de voir le pays qu’il a voulu défendre passer de l’occupation germanique au soft-power américain, et celui qui ne se battit point pour un camp ou un autre a pu continuer tranquillement son existence et se bâtir une vie pour l’après.

  Il ne s’agit pas d’encourager le travers individualiste des conclusions de La Mazière mais bien de mettre en lumière la fatuité de certains combats qui se révèlent parfaitement inutiles car non-animés par la raison et une vision à long-terme. On rappellera que pendant la même guerre, le parti communiste se servait plus efficacement de l’étiquette “résistance” pour purger ses adversaires politiques et bâtir des réseaux qu’il maintiendra en action après la guerre pour peser sur les décisions de l’état gaulliste, ce que la droite ne fut visiblement même pas capable d’imaginer.

  Un bon rappel que s’il n’y a pas de mauvaise raison de s’engager en politique, il est des engagements dont on se passerait bien (sur un spectre large allant d’une guerre perdue à une campagne électorale obscène) et que réflexion et formation doivent précéder l’action.