Le spectre de 1984 (de George Orwell) nous hante toujours et plus que jamais. Avec les puces RFID, la miniaturisation des objets électroniques, les cartes à puce, l’augmentation exponentielle des caméras de surveillance dans les rues, les téléphones portables, les satellites plus perfectionnés et autres, nous sommes aujourd’hui facilement fichés et suivis à la trace, que nous le voulions ou non (il y a en effet une part de consentement à donner sa privée sur les réseaux sociaux).

Plus encore, après les révélations d’Edward Snowden, nous savons que si l’Etat ne se charge pas de nous surveiller, d’autres personnes et d’autres structures s’en chargeront, que les finalités soient politiques ou économiques.

Il ne fait aucun doute qu’après ces révélations, la surveillance est totale. Les nouvelles informations qui sont aujourd’hui recueillies par la surveillance électronique sont un trésor qui n’a pas de valeur, car ces informations peuvent avoir plusieurs usages. Quoi qu’il en soit, derrière l’idée de surveillance, qu’elle soit bienveillante ou malveillante, ressort une stratification implicite : celui qui surveille se trouve situé au sommet de la hiérarchie sociale.

Si l’on parle souvent de l’Etat de droit, il arrive dans la pratique, que la surveillance conduise dans cet Etat de droit à différentes formes de déviances.

I- Une extension des fichiers de sécurité

Dès le XVIIIe siècle, les autorités instituent divers systèmes d’enregistrement des personnes pour lutter contre la criminalité, la mendicité ou l’errance. Puis les techniques se diversifient avec les techniques d’identification de Bertillon. Les forces de l’ordre vont donc constituer de vastes fichiers contenant notamment les données corporelles de nombreuses catégories d’individus : délinquants et criminels, vagabonds, individus soupçonnés d’espionnage, anarchistes, etc.

Dès la fin des années 1960, le ministre de l’Intérieur a décidé d’informatiser une grande partie de ses ressources documentaires pour exploiter les données individuelles à des fins de sécurité. Pour contrôler cela, la loi du 6 janvier 1978 dite « Informatique et Libertés » a créé une structure importante, la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL), qui a représenté un tournant majeur. En effet, une structure extérieure à la police peut disposer d’un droit de regard et de contrôle sur les informations collectées, archivées et utilisées par les services de police.

Même si la CNIL existe, on assiste depuis les années 1980 et 1990 à une augmentation considérable du nombre de fichiers.

Avec l’évolution vers les fichiers biométriques, on peut se demander aujourd’hui si, à travers l’extension des fichiers biométriques, les autorités ne visent qu’un simple objectif d’identification des individus ou bien si elles s’orientent vers la constitution de fichiers de population.

Enfin, il y a un renforcement des pouvoirs de police qui se manifeste avec des pratiques de surveillance, dont la logique repose sur l’accumulation, l’échange et l’exploitation d’un nombre incalculable de données. Il devient alors possible de repérer, de localiser et de suivre les personnes à distance par le biais d’un contrôle de leurs mouvements dans l’espace et le temps. La surveillance permet ainsi un tri social des individus. Celui-ci rendra la surveillance plus efficace, le contrôle plus fort sur les individus et sécurisera et renforcera le système en place.

II- Un renforcement de la surveillance pour satisfaire une demande de sécurité

Assurer une plus grande surveillance et une plus grande sécurité permet une « tranquillité bourgeoise » et de bons reportages télé, même si cela implique des contrôles de sécurité interminables dans les aéroports ou dans les lieux publics. En fait, le rythme et l’intensité des actions de police sont au fond moins liés aux défis terroristes qu’à l’incapacité des gouvernements à fournir des emplois essentiels pour la protection sociale…

Cependant même si les moyens de surveillance des individus ont été augmentés, que les données collectées sont de plus en plus nombreuses, cela ne permet pas de garantir une sécurité optimale du citoyen. En effet, comme l’ont démontré les sinistres évènements meurtriers liés aux attentats ces dernières années, des individus « fichés », soit disant « ayant été surveillés » ont tout de même pu passer à l’acte. Des terroristes ou criminels sont restés en cavale pendant des jours voir des mois. Certains courent toujours… Cela a été expliqué par la difficulté pour les cellules de renseignement à analyser et à traiter toutes ces données collectées. Et surtout, ensuite, le manque de moyens et d’effectifs pour renforcer la surveillance des individus potentiellement dangereux. Alors Le but de cette collecte de données est-il vraiment sécuritaire ?

III- Quelle évolution pour la surveillance ?

Avec les cartes de santé, les cartes de crédit et de transport, mais aussi les téléphones portables, il faut savoir que tous nos mouvements, nos appels et nos achats, sont enregistrés et tracés. Il faut aussi ajouter toutes nos actions effectuées dans le cyberespace qui peuvent être facilement tracées et suivies.

Ainsi, tandis que les régimes de surveillance réduisaient les individus à un état de pure passivité, soumis au regard du pouvoir dominant, l’évolution technologique change la donne. N’importe qui peut, lorsqu’il le souhaite, enregistrer images et sons d’un événement. Tout le monde peut donc surveiller tout le monde et le diffuser sur Internet. Cela est autant une bonne nouvelle qu’une difficulté quand il s’agit du phénomène de délation 2.0.

IV- Une protection trop faible des individus ? Parce qu’il y a un renforcement du fichage des individus avec différents systèmes électroniques, cela ne peut mener qu’à des interrogations sur la protection de la vie privée ainsi que des libertés individuelles. Même s’il existe la CNIL, le fort accroissement des systèmes de fichage rend très difficile le travail de cette Commission, tant dans les secteurs privés que publics, et surtout avec la présence aujourd’hui de nombreuses techniques liberticides : la biométrie, les nanotechnologies, la vidéosurveillance, les puces RFID, etc.

Les technologies de surveillance ont pénétré tout le tissu de notre vie quotidienne dont elles ne pourraient être extraites sans causer des vides considérables pour l’accomplissement de nos actes les plus élémentaires, les plus routiniers.

Ainsi il ne faut pas se focaliser essentiellement sur la protection trop faible des individus. Le plus effrayant, ce n’est pas l’arrivée d’une société de surveillance, mais le fait que nous la vivions déjà sans nous en soucier !

Pour aller plus loin :

https://youtu.be/oMkrQsF_RA8

https://youtu.be/np0dIouwtoM