Tout le monde le sait et s’accorde à le dire, le système éducatif français rencontre de plus en plus de difficultés à remplir sa mission. Nous parlons cependant de cette « mission » éducative sans vraiment savoir à quoi elle renvoie aujourd’hui, si c’est une transmission de connaissances, d’une culture commune, des compétences ou des savoirs-faires, ou bien la possibilité d’épanouissement de l’ensemble de l’être humain, intellectuelles et humaines.

Si l’on pense que l’école publique, et même privée sous contrat car elle s’aligne sur celle-ci quoi qu’on en dise, doit permettre une transmission de connaissances ainsi que le développement et l’épanouissement de l’être humain en devenir qu’est l’enfant, en effet, elle ne remplit plus sa mission depuis longtemps. Mais elle remplit parfaitement la nouvelle mission que lui attribue l’Etat et l’ensemble des rouages du système économique mondial et capitaliste.

En effet, l’école d’aujourd’hui peut et doit se comprendre comme un rouage du système économique capitaliste, pas seulement par son organisation de plus en plus libérale et qui s’aligne sur un fonctionnement managérial, mais aussi par ses contenus et sa pédagogie (cf. Christian Laval, professeur de sociologie à l’université Paris-Ouest-Nanterre-La Défense). Les dernières réformes des programmes, que ce soit en primaire, collège ou lycée, ont intégré encore davantage la construction des contenus et des savoirs sous forme de « compétences ». On parle d’un « socle de compétences », qui se déploie et s’approfondit au fur et à mesure des années scolaires. « S’exprimer à l’oral », « coopérer et réaliser des projets », ou bien encore « expliquer, justifier » ou « utiliser différents langages en mathématiques, en histoire » deviennent les lignes directrices des apprentissages. Ces « compétences » servent à fonder l’ensemble des enseignements et des cours proposés aux élèves.

Rien que le terme de « compétences » devrait nous mettre la puce à l’oreille. Ces compétences s’inscrivent dans un asservissement de l’école à l’économie, avec comme injonction principale « l’employabilité » des élèves. Selon Christian Laval, « l’employabilité » est devenue la norme des mutations de l’école. L’objectif est de rendre l’école professionnalisante, c’est-à-dire qu’elle doit rendre « employables » les enfants qui passent sur ses bancs. En effet, les compétences de ce fameux socle n’ont pas été définies pour des intérêts pédagogiques, mais ont été fixées par l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) et la Commission européenne en fonction de considérations économiques et de critères d’employabilité.

De plus en plus, cette « mission » éducative que doit remplir l’école se réduit à l’insertion professionnelle, débouchant à une conception véritablement utilitariste des contenus enseignés. L’accent n’est plus à la transmission d’une culture et de ses traditions, de modes de pensée et de raisonnement permettant de comprendre le monde et de construire son esprit afin de développer et de faire grandir l’être humain. L’exemple est frappant en histoire-géographie par exemple, où les programmes laissent de côté le contenu historiques, les faits essentiels pour donner simplement un « panorama » de l’histoire de France, constitué de « focales » ou de « zooms » sur certaines périodes ou personnages. L’important n’est pas que les élèves connaissent et surtout s’approprient cette histoire qui est aussi la leur, mais simplement qu’ils en comprennent les grandes lignes (d’une manière idéologiquement orientée cela va sans dire). Et ces grandes lignes sont elles-mêmes un prétexte afin de faire travailler les compétences du socle : « se repérer dans le temps et dans l’espace », « analyser un document », « mutualiser, coopérer », « s’exprimer à l’oral », etc.

L’objectif est donc qu’un jeune en sortant de l’école obligatoire à 16ans, ou à la fin de ses études plus ou moins longues, puisse remplir la tâche économique qui lui incombera. Un beau rouage bien huilé dans une machinerie rodée à tous les niveaux. L’école aujourd’hui participe au système économique capitaliste, produisant les pièces nécessaires à sa survie. Les élèves ne sont formés que pour remplir les cases d’emplois dont l’économie mondiale actuelle a besoin.

Cette fonction économique va se retrouver ensuite dans la compétitivité entre les établissements d’un même pays, mais aussi entre les établissements du monde entier, le classement PISA étant représentatif de ce phénomène. Ce n’est plus la culture qui fera la différence, mais l’argent, et la capacité des établissements à donner un maximum de force de travail prête à emploi à la sortie. Plus qu’une marchandisation de l’école, on assiste alors à une mise sur le marché de l’école.

C’est pourquoi il est nécessaire de repenser un projet éducatif en-dehors du système économique et des rouages du service public (ou même du privé sous contrat) qui ne font qu’y participer. Les initiatives locales d’écoles hors contrat, ou de collèges permettent de proposer une vision éducative prenant en compte l’ensemble des composantes de l’être humain. Elles mettent souvent l’accent sur la culture, les traditions, mais aussi, l’enseignement sportif, artistique et spirituel, afin que rien ne soit laisser de côté et que les élèves puissent grandir. Il faut repenser l’enseignement dans le cadre de nos communautés, pour qu’il soit intégral, ancré et cohérent avec l’ensemble des valeurs et des traditions que nous prônons.

Pour aller plus loin :

Christian Laval, La nouvelle école capitaliste.
Ivan Illich, Une société sans école.