Nous l’avons vu dans un précédent article, l’homme est un animal rationnel. Et de cette définition, il découle que l’homme est nécessairement politique. Depuis le mythe de Prométhée, nous savons que l’homme n’a pas de talents propres. Pas de dents solides, pas d’ailes, pas de griffe, pas d’écailles. Nu comme un ver, il ne peut compter que sur la connaissance, la raison, pour s’en sortir. Et, bien évidemment, il peut et doit compter sur la communauté. Car contrairement aux petits animaux, très majoritairement indépendants à la naissance, l’homme ne survit pas longtemps seul. Qu’il soit enfant ou adulte d’ailleurs.

Il est donc dans la nature de l’homme de s’entourer de ses semblables. S’il vit seul, l’homme est une bête ou un ange, pour citer Aristote une nouvelle fois. Une bête comme Mowgli, qui ne communique pas, ne reçoit rien de sa famille, et ne peut que faiblement progresser en intelligence. Un ange, comme certains ermites qui parcourent les civilisations, capables de se soustraire aux besoins naturels de l’homme. Et encore, ces derniers ont souvent bénéficié de la civilisation avant de s’en retirer. Pour subvenir à ses besoins, même matériels, il a besoin de s’entourer d’une communauté, qui est a minima la famille. Mais cette famille a elle-même besoin d’une communauté. Le besoin de la communauté pour l’homme, et son caractère vital et naturel, peut aussi s’observer dans le langage, ainsi que dans l’impossibilité pour un homme de tout connaître. Fabrication d’outils, recherche de la vérité, répartition des métiers, autant de choses utiles à l’homme, conformes à sa nature et qu’il ne peut obtenir seul, sauf s’il est un ange, ou s’il renonce à l’accomplissement de sa nature, et est une bête. Le langage humain, qui dépasse le langage animal dans sa capacité à rejoindre l’abstrait, et permet d’indiquer bien plus que l’emplacement d’un stock de nourriture ou l’arrivée d’un prédateur, est le lien de la société, de la communauté. Il permet d’établir des règles, des lois, de transmettre les connaissances et l’expérience. On notera en passant l’importance d’avoir un langage audible de tous, avec des mots qui désignent les mêmes réalités pour toute la communauté, afin de permettre une communication efficace.

En résumé, l’homme ne peut pas survivre seul. Sa nature ne le lui permet pas. Il a donc besoin d’une communauté, et c’est en ce sens qu’il est politique.

Mais ce mot de politique implique également une idée institutionnelle, d’organisation. En effet, l’homme fait davantage que rechercher égoïstement sa survie. Animal rationnel, il va organiser la communauté, la tribu, avec des rôles pour obtenir le bien commun, et par là, son bien propre. Sans aller jusqu’à un corpus judiciaire développé, usages et traditions vont favoriser l’unité, et la présence d’un chef ou d’un gouvernement est nécessaire. L’homme est ainsi naturellement soumis à trois ordres : l’ordre de la raison, l’ordre de la loi divine, et l’ordre de la loi humaine.

Dans l’époque que nous vivons, il peut sembler que la destruction du politique, de la société, des communautés naturelles et de toutes formes de lien social élémentaire devrait nous conduire à l’ermitage ou à l’abandon d’une partie de notre nature. Mais comme nous l’avons montré, l’homme est politique par nature. Se soustraire du politique revient à se refuser à parler. Il est donc utile, pour prolonger la réflexion, de distinguer les organisations politiques en vigueur dont la vacuité s’accroit, avec les organisations naturelles, humaines, communautaires et sociales que nous pouvons mettre en œuvre et qui permettent d’épanouir notre nature. Cela n’implique pas nécessairement d’être en opposition ou sécession, bien qu’une analyse plus approfondie de la destruction systématique des caractéristiques rationnelles et politiques de l’Homme puisse conduire à cette conclusion.