Passe vaccinal, psychose hygiéniste et sécuritaire, destruction des communautés naturelles, perte de sens et de repères, bêtises et abrutissement, Hanouna président, américanisation, remplacement culturel et ethnique de notre peuple… Nous sommes globalement d’accord sur ces constats. Toutefois, deux interrogations demeurent sans réponse et ne cessent de nous hanter : comment en sommes-nous arrivés là ? Et surtout, pourquoi ne nous révoltons-nous pas ? Serait-ce par paresse intellectuelle, révolte de façade seulement, ou n’avons-nous tout simplement pas encore cerné le cœur du problème ?

Le combat d’aujourd’hui est anthropologique ; nous nous battons contre notre disparition, car la folie actuelle semble bien annoncer non pas seulement la fin de la France et du politique, mais également la fin de l’homme conçu comme animal politique par essence, doué de raison.

La formation politique que nous recevons au fil des conférences, discussions et lectures, nous a permis de prendre conscience de la gravité de la situation, et de nous rendre compte qu’il y a un « je ne sais quoi » de cassé dans la machine. Cette conscience politique nous rend également lucides sur le fait que nous sommes devenus impuissants à réparer ce « je ne sais quoi » qui nous entraîne irrémédiablement vers l’effondrement.

La dernière conférence de Guillaume Travers sur la société de surveillance a éclairé les réflexions que nous menons sur la notion de citoyen. En prenant comme exemple le concept de liberté tel que perçu et vécu de l’Antiquité jusqu’au XVIIIème siècle, par opposition à la liberté des Lumières, de la révolution industrielle et donc du libéralisme moderne, Guillaume Travers a très clairement prouvé que la situation actuelle découle de cette notion moderne de liberté.

Le concept antique de liberté s’enracinait dans une pratique concrète et quotidienne de la vie civique. La liberté était vécue comme la conséquence de l’appartenance à une communauté politique qui oblige ses membres. C’est parce que je suis citoyen de cette cité, que j’ai la liberté de me marier dans ses remparts, que je peux voter une loi, que j’ai le droit d’être entendu et défendu par la communauté. C’est parce que je suis membre de cette corporation que je peux bénéficier de ses avantages etc. La liberté était en quelque sorte tangible et il en résultait que la parole donnée était primordiale et, en tant que telle, au fondement du lien social. C’est parce que je suis un homme libre, que ma parole à une valeur, et c’est parce que je suis libre que je m’engage de moi-même à la respecter. C’est quelque peu résumé et idéalisé, mais c’est ce qui ressort très clairement des lois et de la littérature d’Athènes à Louis XIV, en passant par Rome.

Tout a basculé lorsque la liberté est devenue un grand principe abstrait et universel. Qu’est-ce que la liberté ? On n’en sait rien mais maintenant il y a des tribunaux, une police et des milliers de Code juridiques pour te dire ce que c’est. L’existence de ces institutions répressives est clairement la conséquence de la désincarnation de la liberté. D’humaine et quotidienne, la liberté est devenue surnaturelle et au-dessus de tout. Tout le monde la revendique, notamment les non-citoyens et les minorités agressives. J’ai le droit aux allocations, même si je viens du Mali, j’ai le droit de changer de sexe dès 5 ans, j’ai le droit de tromper mon conjoint et mes amis mais j’ai surtout le droit de consommer et de me faire vacciner. En bref, j’ai surtout le droit d’obéir puisqu’en échange j’ai le droit d’être qui je veux, de faire et de dire ce que je veux. Si vous voulez en savoir davantage sur le libéralisme, ses causes et ses conséquences, allez faire un tour dans notre bibliographie.

En attendant, ce qui ressort de tout ça, c’est bien le fait que nous sommes devenus incapables de former une société avec la masse des individus qui nous entourent en permanence, et donc d’être les citoyens d’une même cité. Il est trop tard pour faire machine arrière, et c’est sans doute pour ça qu’il nous est devenu impossible de réparer la machine, car les parties de ce tout ne se reconnaissent plus et n’arrivent pas à se coordonner pour la faire fonctionner. Ne reste plus que le sacro-saint système libéral avec ces cultes à la liberté et à la consommation qui a besoin d’une masse d’individus interchangeables serviles et consommateurs. Ce système a besoin de tribunaux et d’une police pour éviter les débordements et, à l’ère de la technique, ceci se réalise par une surveillance globale et généralisée des individus qui se musèlent eux-mêmes et s’auto-contraignent pour conserver leur liberté de consommer et de jouir dans les petites limites que le système leur circonscrit.

Voilà pourquoi, aujourd’hui, l’individu doit être heureux, car le droit au bonheur est inscrit dans les grands principes internationaux. Ce même droit au bonheur en est carrément devenu une obligation, et le système va jusqu’à t’imposer d’être heureux en te surveillant pour ton bien. Bref, voilà comment nous avons pu en arriver à ce que nous vivons avec la crise migratoire, intellectuelle et sanitaire. Voilà comment des anciens citoyens sont venus à souhaiter ardemment une surveillance généralisée, même au sein de leur espace privé afin de garantir leurs petites libertés, leur petite sécurité. Le maghrébin vole, viole et frappe? Le COVID est méchant ? Vite, multipliez les caméras de surveillance, même chez moi, et obligez un passeport vaccinal digitalisé pour me garantir une sécurité, et je suis même prêt à me faire pucer, vous savez.

Cet abandon du sens politique des habitants de la cité se vérifie chaque jour, y compris dans nos rangs. Il en résulte un abandon du militantisme qui répond à la question « pourquoi les choses ne changent-elles pas ? ».

La fin du militantisme ?

Se bouger clandestinement, gratuitement, chaque petit matin, sans gloire ni publication insta pour une idée n’est se bouger pour une élection en espérant une hypothétique victoire lors du Grand Soir. C’est encore une fois une évidence mais la réalité nous prouve qu’elle ne l’est pas pour tout le monde.

Inutile de polémiquer ici sur le phénomène Zemmour car en parlant de militantisme à cet instant présent, on pense évidemment à lui, mais ce n’est pas le propos. Toutefois, qu’observons-nous ? La majorité des militants de Zemmour, si ce n’est la totalité, a patiemment attendu sa venue pour enfin se bouger. S’il venait à perdre, ou pire, à être élu, que feront-ils privés de l’objet de leur militantisme dont la finalité n’est qu’une victoire électorale ? Combien de temps les avons-nous attendus à nos côtés, dans la rue ou, plus facilement, pour un article, une émission radio ou un cercle de formation ?

Ces propos sur le militantisme semblent sortis de nulle part et sans rapport avec les propos précédents sur la liberté et la citoyenneté. Et bien non. Si aujourd’hui il est devenu quasiment impossible de rencontrer de nouveaux militants vieille école, c’est parce que la jeunesse est devenue, malgré elle, à l’image du système. Nous ne sommes plus que des individus cherchant le confort et la sécurité, faisant passer notre intérêt personnel avant celui du collectif. La technique qui permet un repos facile et un combat anonyme sur les réseaux n’a pas aidé à faire aimer la rue aux plus jeunes. Poser un pouce bleu est devenu l’acte militant d’un grand nombre d’activistes du clavier. Les mesures du gouvernement n’ont également pas facilité la rencontre, c’est un fait, mais pourquoi n’ont-elles pas enflammé une jeunesse pourtant sacrifiée sur l’autel du canapé et à qui on dit d’arrêter de vivre par peur de la mort ?

L’avènement d’un nouvel homme par la destruction des communautés naturelles, l’aliénation des citoyens devenus individus, l’abrutissement par la technique et le virtuel, le système libéral qui veut t’obliger à être heureux en t’assignant à domicile… tout ceci a participé, et participe des mesures que nous subissons, mais également de la fin du militantisme. La fin du politique et l’asservissement à une technique aliénante nous empêchent de nous révolter en dehors d’une feuille de papier, d’un tweet bien trouvé ou d’une bière entre amis.

Avons-nous suffisamment pris conscience que le combat est anthropologique et que nous ne reviendrons pas au monde d’avant ? Bienvenue à Gattaca.

L’émission de Soleil Vert : https://youtu.be/zXSXz-nV4lk